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Chavot : La fille du patron prend la main
Saint-Étienne # Industrie

Chavot : La fille du patron prend la main

Son défi En reprenant l'entreprise familiale de forage mécanique, Anabelle Greco-Jauffret a cumulé deux handicaps: en plus d'être une femme dans un milieu très masculin, elle était la fille de! À 31ans, la jeune dirigeante a su transformer ces difficultés en atouts.

«C'est mon arrière-grand-père, côté maternel, qui a fondé Chavot en 1924. Mon grand-père puis mon oncle et mon père ont pris la suite. Mon oncle s'est retiré depuis un certain temps déjà mais mon père est toujours là. Il doit partir à la retraite, officiellement, en janvier2014. Nous sommes en train de faire les documents pour que je rachète l'entreprise mais le plus dur est derrière nous en matière de succession. En réalité, je suis arrivée dans l'entreprise à 23 ans, en 2004.




Une transition très longue

J'ai été parachutée ici, à mi-temps, parce que mon père manquait de personnel. Je connaissais très bien l'entreprise puisque j'y venais très souvent depuis mon plus jeune âge. Mais après mon bac scientifique, j'avais fait un BTS cosmétique. Je voulais enseigner pour les marques ou quelque chose de ce goût-là. Quand je suis arrivée, je faisais de la saisie de commandes, j'étais la moins payée. Mon père m'avait bien prévenue que si je n'étais pas capable de faire mon job, il ne me garderait pas. D'ailleurs, il ne se gênait pas pour me dire quand quelque chose n'allait pas. Mais très franchement, les deux premières années, je n'étais pas du tout dans l'optique de reprendre l'entreprise. Et puis, petit à petit, je me suis prise au jeu. Je me suis vraiment intéressée au métier et au développement de l'entreprise. J'ai rempli de plus en plus de fonctions et j'ai appris progressivement. J'ai commencé à gérer l'atelier. En 2008, mon père a eu un infarctus. Il a fallu, du jour au lendemain, que je gère tout. En pleine crise en plus. Heureusement, j'ai pu m'appuyer sur l'équipe. Quand mon père est revenu, nous sommes restés comme ça. Quand les salariés ont compris que je reprendrais l'entreprise, il y a eu quelques heurts, même si globalement ça ne s'est pas trop mal passé. Il faut dire que je cumulais deux handicaps: j'étais une femme dans une entreprise d'hommes et, en plus, j'étais la fille du patron. Certains m'ont testé pour voir si j'étais capable d'assumer aussi bien que mon père. Certains ont essayé de passer au-dessus pour voir le résultat. Mais nous sommes très soudés avec mon père. Et puis, ils ont constaté que j'avais les compétences nécessaires et que je ne me ménageais pas. Je vais faire tourner les machines quand c'est nécessaire. Du côté des clients, certains ont pensé que je n'étais pas compétente parce que j'étais une femme. Ils demandaient à parler à mon chef d'atelier ou à mon père pour les questions techniques. Cela m'agaçait prodigieusement. Aujourd'hui, c'est terminé. Une fois ces difficultés passées, c'est plutôt un atout d'être une femme, ça adoucit les conflits en général! Mais j'ai réussi parce que la transition s'est étalée sur 6 ans, de 2008 à 2014. C'était nécessaire selon moi.»

Chavot et Cie



(Saint-Étienne) Dirigeante: Anabelle Greco-Jauffret CA 2011: 1,3M€ Effectif: 8 salariés @email

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