Le groupe Charier réussira t-il à investir 20 à 30 millions d'euros à Nozay dans la construction d'un « écosite » ? Cela fait sept ans que l'entreprise de Montoir de Bretagne y travaille et il lui faudra encore passer beaucoup d'étapes pour que ce projet industriel puisse devenir réalité. S'étendant sur 143 hectares, le projet d'écosite du Petit Perray rassemble trois éléments connectés les uns aux autres : une carrière d'argile, une usine et un centre de traitement des déchets industriels banals. Exploitant une douzaine de carrières dans l'Ouest, Charier compte extraire à Nozay 150.000 tonnes de kaolin par an. Soumise à une température de 800 degrés, cette argile blanche sera transformée sur place en métakaolin. Et l'électricité alimentant les fours sera produite grâce au méthane dégagé par les déchets enfouis dans le sol. Charier produit déjà de l'énergie de cette façon au sein de sa déchetterie de la Croix-Irtelle, dans le Morbihan. Une plate-forme de tri des déchets ainsi qu'une station d'épuration compléteront ce dispositif.
Argile et déchets industriels
À Nozay, le groupe nazairien compte dégager deux types de revenus. Il veut d'abord commercialiser du métakaolin, « une espèce de ciment pauvre, utilisé en traitement des sols dans les travaux publics. Cela entre aussi dans la composition du béton, en substitution du ciment », explique Paul Bazireau, président du directoire de Charier. Le dirigeant espère aussi capter une partie du marché des déchets industriels banals, le site étant conçu pour traiter annuellement 50.000 tonnes de déchets. En Loire-Atlantique, « il n'existe pas de centre d'enfouissement de ce type de déchets. C'est aujourd'hui envoyé en Mayenne par camion ! », indique Pierre-Marie Charier, président du conseil de surveillance du groupe. Reste que cet argument écologique, tout comme les perspectives économiques (la création d'une trentaine d'emplois) et financières pour la communauté de communes (400.000 € par an selon Charier) ne font pas l'unanimité. Des habitants de Nozay, réunis au sein de l'association Niet, ne veulent pas entendre parler du projet d'implantation de Charier à quelques kilomètres de leur bourg.
Dialogue avec les associations
Et ce, même si le groupe multiplie les initiatives pour intégrer au maximum le site dans son environnement. Pour que l'arrivée d'une activité industrielle en pleine campagne dénature le moins possible le paysage, le site devrait ainsi être camouflé par un « corridor vert planté d'arbres ». Charier a aussi d'ores et déjà prévu d'aménager de nouvelles routes d'accès afin que les camions ne traversent pas le centre de Nozay. Enfin, un tiers des 143 hectares que la famille Charier a achetés seront consacrés à un « projet agro-environnemental », mené en lien avec des associations environnementales. « C'est de cette façon que dans le Morbihan, nous avons créé un petit bois, un parcours pédestre et installé des moutons. Nous travaillons en lien avec différentes associations, notamment écologiques, qui ont toute leur liberté de parole et d'action. Grâce à cet échange, notre projet devient parfait », explique Paul Bazireau. Et il faudra au moins cela pour convaincre les riverains.
Un parcours du combattant
Après avoir emmené des Nozéens visiter son site de la Croix-Irtelle, créer des outils de communication, rencontré les habitants et les élus locaux, le groupe présentera en avril son projet aux habitants à l'occasion d'une réunion publique organisée par la mairie et à laquelle est aussi conviée l'association opposée au projet. Il faudra ensuite convaincre le conseil municipal de réviser le Plan local d'urbanisme, avant de mener une enquête publique et obtenir le feu vert de l'inspection des installations classées. Si Charier parvient à toutes les franchir, ces différentes étapes nécessiteront, selon la direction du groupe, « au minimum trois ans ».
Charier
(Montoir de Bretagne) Président du directoire : Paul Bazireau 1.500 salariés 258 M€ de CA 02 40 17 67 13