En quelque 25 ans de carrière, Chantal Pinon a déjà vécu 18 déménagements. Une vie sans attache, au sein de groupes à dimension internationale, à des postes à fortes responsabilités. Une vie trépidante, avec son lot de satisfactions professionnelles, nées de challenges sans cesse renouvelés. Enrichissante, au contact d'autres cultures, d'autres modes de vie, d'autres façons de travailler. Mais aussi avec ses failles, ce petit pincement au coeur parfois d'avoir dû sacrifier une partie de soi, d'être passé à côté de certaines joies qu'offre une vie plus posée, bien que, peut-être, plus monotone.
Une instruction bilingue
Des regrets, Chantal Pinon n'en exprime pourtant aucun. «L'international, et le franco-allemand en particulier, c'est la ligne directrice de ma vie». Ce n'est pourtant pas son entourage familial qui l'aura poussée dans cette voie. Née de parents enseignants, peu portés sur les langues «au-delà de quelques notions d'anglais», c'est dans le Pays Basque qu'elle a grandi. Bien loin de l'Allemagne... «Mais j'ai eu la chance de faire ma scolarité, de la 6e à la terminale, dans une classe pilote bilingue franco-allemande.» De ce cursus est née la volonté de travailler à l'international. Diplômée de l'Epsci, l'école de management de l'Essec, en 1979, une inscription en fac d'allemand à la Sorbonne lui ouvre une opportunité qui va chambouler sa vie. «Je suis partie à Bonn six mois dans le cadre d'un partenariat entre les deux universités. Séduite par la ville, je voulais absolument y travailler, et y vivre.»
De responsable import-export à DAF
C'est dans un des fleurons industriels de cette ville, Haribo, que débute sa carrière. Elle occupera les années suivantes d'autres fonctions de direction, toujours dans l'import-export, pour de grands groupes agroalimentaires allemands de la Ruhr: la fédération du lait, puis Basté SA, par le biais duquel elle atterrit en Alsace, à Colmar, au début des années 90. Pour repasser la frontière dès 1992, appelée à de nouvelles fonctions, au sein du groupe Preussag. Femme de réseaux, Chantal a mis à profit ce court laps de temps pour s'engager notamment dans une association transfrontalière, le Mouvement Européen, elle qui se considère plus Européenne que Française. Pour se former aussi: elle suit ainsi une formation en gestion des entreprises à l'IAE de Strasbourg. Une étape incontournable pour accéder à de nouvelles fonctions de direction opérationnelle. «J'ai ensuite occupé pendant neuf ans différents postes de direction administrative et financière chez Preussag, puis à Paris dans des filiales de groupes allemands.»
Se recentrer sur soi
Si elle a finalement choisi de se «sédentariser» en s'installant à Strasbourg fin 2007 c'est, dit-elle, «pour retrouver mes valeurs, dont je m'étais peu à peu éloignée». Se recentrer sur soi, définir un projet de vie qui soit en adéquation avec ses nouvelles ambitions professionnelles et personnelles. «J'ai pris le temps d'installer mon appartement, de constituer un nouveau réseau localement. Je me suis surtout plongée dans des recherches sur l'histoire de la maison que j'habite aujourd'hui, passant des heures aux archives. J'ai pu remonter jusqu'au 14e siècle! Je les compilerai peut-être un jour dans un livre» glisse-t-elle en souriant. Enfin prête à renouer avec une activité, elle lance en juillet2008 sa propre société. Pour être enfin son propre chef, et «me laisser libre d'organiser mon temps pour m'investir dans le milieu associatif et culturel». Son cabinet de conseils fait la synthèse des compétences qu'elle a accumulées dans sa précédente vie. Cette expérience, elle la met aujourd'hui à disposition des TPE et PME alsaciennes souhaitant se développer à l'international, ainsi qu'aux filiales de groupes allemands.
Après 25 ans de carrière à l'international, Chantal Pinon a posé ses valises à Strasbourg. Avec ses armes, et en Européenne convaincue, elle milite pour que tombent les barrières qui freinent aujourd'hui l'essor économique mais aussi culturel et social de la vallée du Rhin supérieur.
Adelise Foucault