Mercredi 10 juin, 13h30. Les neuf membres du jury, secondés par l'équipe du CEEI Nice Côte d'Azur, arrivent au compte-gouttes pour la quatrième session de l'année du comité d'agrément de la pépinière d'entreprises métropolitaine. Dans quatre heures, les cinq dirigeants présélectionnés et préparés par Michel Callois, un des chargés d'affaires de la structure d'accompagnement, sauront s'ils obtiendront le sésame tant convoité : l'intégration pour une durée de 6, 12 ou 23 mois au sein du Centre Européen d'Entreprises et d'Innovation afin de bénéficier, outre l'hébergement, de conseils personnalisés et de soutiens logistiques... histoire d'engager leur entreprise encore fragile sur le chemin de la pérennité. Depuis 2008, le CEEI azuréen a ainsi accompagné 85 start-up ayant généré la création de 370 emplois. 83 % d'entre elles sont toujours en activité cinq ans après leur lancement. Chiffre à comparer au taux de survie (toujours à cinq ans) des entreprises créées en 2006 en PACA qui plafonne, selon l'Insee, à 52,2 %.
Une démarche bienveillante
Dans la salle de réunion mobilisée pour l'occasion, la clim tourne à plein régime, obligeant les candidats à forcer la voix ou, lorsque la gorge se serre, les membres du jury à tendre l'oreille. Installés autour de tables disposées en U, ces représentants d'institutions accompagnantes des entreprises (CCIR, INPI, Incubateurs, CR, BPI), d'associations de conseillés pour l'entreprise (Avocats en Droit des Affaires, Fédération Française des Banques, Ordre des Experts comptables) et de réseaux de dirigeants (Entreprendre Côte d'Azur, ANDRH), placés sous la houlette du président de la commission Développement Économique et Emploi de la Métropole Christian Tordo, écoutent, prennent des notes, sourient ou font la moue, c'est selon. Impressionnant pour qui n'a jamais passé ce type d'épreuve, les candidatures spontanées étant de plus en plus nombreuses, même si elles restent pour la plupart prescrites par d'autres structures locales. Pourtant, « nous sommes dans une démarche de bienveillance, souligne Marie-Christine Vidal, directrice du CEEI. Nous ne laissons personne sur le carreau. Lorsqu'il y a refus, des pistes de réorientation auprès d'organismes plus adaptés sont proposées. » Ce qui fut le cas de la cinquième entreprise candidate du jour, un organisme de formation dédié aux TPE/PME. Projet jugé pas assez mature, peu différenciant par rapport à la concurrence et dont le potentiel de création d'emplois pose question. Les trois principaux critères n'étant pas remplis, les portes du CEEI resteront closes.
La personnalité du dirigeant
Sur la forme, l'examen de passage s'avère hyper calibré, minuté à la seconde près. « Être capable de synthétiser son projet fait aussi partie de la formation », indique Marie-Christine Vidal. Quinze minutes de présentation, quinze minutes de questions, quinze minutes de délibérations, en huis clos, qui donneront lieu à des réflexions enthousiasmantes (« C'est un vrai projet d'avenir, technique, innovant, solide »), lapidaires (« J'ai rien compris »), préoccupées (« La route va être longue. Il y a un fort besoin d'accompagnement pour préciser le projet ») ou légèrement agacées (« Le business model passe à côté »). Le maître du temps, incarné par le chargé d'affaires Christian Gazquez, veille au grain. Sur le fond, un business plan limité à vingt pages vient compléter l'exercice oral, durant lequel les interrogations portent le plus souvent sur l'approche marché, le modèle économique, l'estimation du BFR, sans oublier la personnalité du dirigeant, sujet à débat pour deux des sociétés candidates. « C'est un élément capital, reprend la directrice. Le leadership du chef d'entreprise préfigure généralement sa capacité à relever les défis, notamment dans sa quête de levée de fonds. De même, ses capacités d'écoute et de remise en question peuvent préfigurer la réussite de notre accompagnement. » Au final, l'intérêt des projets l'emportera.
L'unanimité pour Sustain'Air
Sur les quatre entreprises restantes, trois récolteront les 75 % de votes requis. Il s'agit de EASN, société d'ingénierie numérique disposant du statut d'entreprise adaptée, DVSanté, à l'origine d'une plateforme de mise en relation pour le maintien à domicile et Cuddl'Up qui conçoit et commercialise du mobilier connecté et personnalisé. La quatrième, Sustain'Air, remportera tous les suffrages. Il est vrai que peu de projets industriels sont soumis au comité, alors, quand il s'en présente un, l'oeil du jury frise. Et leurs attentes ne seront pas déçues. La société spécialisée dans la conception, la commercialisation et l'industrialisation de systèmes de climatisation solaire innovants séduit. « Avec ou sans nous, cette société semble promise à un bel avenir », conclut l'un des membres. Sustain'Air intégrera donc les rangs des entreprises industrielles du CEEI, dont les figures de proue, Qualisteo et VuLog, quitteront la pépinière en octobre. La première pour rejoindre l'hôtel d'entreprise métropolitain, la seconde pour voler de ses propres ailes. Et ainsi renouveler le vivier des sociétés accompagnées par le CEEI qui constitueront, espérons-le, les success stories de demain.
Gaëlle Cloarec
Chaque année, nombreuses sont les start-ups à frapper à la porte des CEEI, mais seule une poignée y accède et passe devant le comité d'agrément, dernier filtre avant l'intégration. Le Journal des Entreprises s'est invité lors de la session de juin du CEEI Nice Côte d'Azur. Récit.