Casinos : La roulette bretonne favorable aux indépendants

Casinos : La roulette bretonne favorable aux indépendants

Double ouverture à Larmor-Plage et Vannes, fermeture à La Trinité, cession annoncée à Carnac et Perros-Guirec, etc. En quelques mois, le paysage des casinos bretons, confronté à une baisse générale de son activité, a été entièrement modifié au profit des structures indépendantes.

Rien ne va plus, les jeux sont faits... pour les indépendants. Si l'univers des casinos est structurellement en crise depuis 2007, en France mais aussi en Bretagne avec plus de 20 millions d'euros de mises de jeux perdus en sept ans, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne.




La réactivité des grands groupes mise à mal

Alors que le géant Partouche a fermé, en juin 2015, son établissement de La Trinité, son homologue national, le groupe Barrière, annonçait, durant l'été, la cession de ses casinos de Perros-Guirec et Carnac. Dans le même temps, comble de l'ironie, la Société bretonne d'exploitation des casinos (Sbec) détenue majoritairement par le groupe breton Financière Ficaudière, sabrait le champagne pour le premier exercice réussi du nouveau casino de Larmor-Plage et profitait de cette période pour ouvrir une cinquième unité à Vannes. « Les groupes ont cette difficulté de ne pas avoir réussi à s'adapter aux nouveaux modes de consommation, précise sous couvert d'anonymat cet ex-directeur de casino Barrière. Pas par faute de compétences, car les idées étaient là, mais par manque de réactivité. Changer une machine à sous qui ne rapportait pas grand-chose pouvait prendre des semaines, là où d'autres réalisaient la même opération dans la journée. »




Une activité en recul de 20 millions d'euros sur sept ans

La question de la concurrence est clairement posée par certains tant la double ouverture morbihannaise entraîne aujourd'hui la présence de cinq lieux de jeux à quelques kilomètres les uns des autres. « C'est un faux débat, souligne Hugo Corbillé, président de la Sbec. Dans les Côtes-d'Armor, la concurrence est tout aussi rude avec Saint-Malo et Dinard pas loin de Fréhel ou Perros-Guirec à quelques encablures de Roscoff et Plouescat. Certes, le marché breton a connu une baisse très forte, passant de 112 millions d'euros de produits bruts des jeux en 2007 à 92 millions en 2014. Nous aussi nous avons connu des moments délicats, mais nous avons su nous remettre en cause. »




Des jeux mais aussi des spectacles
La force de Sbec a notamment d'avoir été le premier à prendre en compte la notion « d'entertainment » si chère aux Américains. « Nous allons régulièrement à Vegas, La Mecque des casinos, pour voir les tendances de demain. » Le groupe breton a ainsi compris que le seul casino ne suffisait plus. « La restauration avec des tables de qualité a été l'un de nos premiers chantiers. Aujourd'hui, nous focalisons nos efforts sur le divertissement avec des spectacles. En s'amusant, les gens sont plus susceptibles de venir jouer aux machines à sous ou à la roulette. » Ainsi plus de 5.000 personnes ont profité d'un concert gratuit de l'icône des yé-yé, Sheila, en plein mois d'août à Fréhel. Organisatrice de l'événement, la Sbec avait planté la scène... en face de l'entrée de son établissement.

Quel avenir pour Carnac et Perros-Guirec ?


En crise, l'univers des casinos doit toutefois continuer d'innover à coups de centaines de milliers d'euros dépensés chaque année. Roulette tactile, machines à sous multi-jeux, réalité virtuelle comme ce qui a pu être testé à Pléneuf Val André. « C'est nécessaire pour ne pas lasser le client. » En arrière-fond se prépare également la recomposition du paysage actuel avec la cession de Perros-Guirec et Carnac par le groupe Barrière. Le groupe Joa, qui exploite uniquement Arzon en Bretagne, a annoncé son intérêt pour le premier. La Financière Ficaudière, associée à ses partenaires Viking dans le Pas-de-Calais et Arev dans le Cantal, serait également sur les rangs. « Tout est sur la table. »

D'autres ouvertures dans les années à venir

À plus long terme, ce sont les zones blanches bretonnes, celles vides de tout casino mais fortes d'une zone de chalandise importante, notamment l'été, qui suscitent les convoitises. Carantec, Crozon et la Forêt-Fouesnant sont des communes régulièrement citées comme les terrains de jeux de demain. « Il n'y aucun projet en cours », indique-t-on laconiquement dans les mairies de La Forêt-Fouesnant et Crozon.


Un discours officiel qui ne tiendrait pas à l'épreuve des chiffres. Malgré une activité en baisse, les mairies perçoivent toujours 15 % du produit brut des jeux, plus 10 % du prélèvement réalisé en amont par l'État. De quoi convaincre les plus récalcitrants. À Larmor-Plage et Vannes, cet argument a fait mouche.

Julien Uguet