La flambée du prix des carburants commence sérieusement à inquiéter les PME ligériennes et les transporteurs en particulier. «J'ai fait un comparatif entre février2010 et février2011. À équivalent de pleins sur nos cuves de Saint-Étienne, cela me coûte 22.400 € de plus hors taxe. Et je ne parle pas du prix à la pompe qui est encore plus cher! Le litre de gazole que je payais 86 centimes hors taxe, je le paye aujourd'hui 1,05 €. Cette variation représente plus de 3,5% de mon chiffre d'affaires. Et nos marges, elles, ne sont pas de 3,5%», s'insurge Max Chazot, P-dg des Transports Chazot. «Entre janvier2009 et mars2011, le gazole a augmenté de 40%. Certes, la loi nous permet de répercuter cette augmentation en pied de facture, mais le problème est davantage structurel. On ne facture pas le prix du transport au prix que l'on devrait le facturer», constate pour sa part Philippe James, P-dg des Transports Ziegler.
Des trésoreries tendues
En effet, si la loi donne le droit aux transporteurs d'indexer le coût du gazole sur le prix de la prestation transport (ndlr: indice CNR), certains sont aujourd'hui tentés de céder aux pressions commerciales des chargeurs (clients des transporteurs). «En général, les gros chargeurs ne contestent pas les pieds de facture. C'est plutôt le ventre mou qui rechigne et qui demande aux transporteurs de ne pas appliquer l'indexation sur le coût du gazole», confie Philippe James. D'après la Fédération nationale des transports routiers (FNTR), deux tiers seulement des entreprises de transports en France appliquent réellement le dispositif d'indexation. «Même en répercutant le coût du carburant, nous sommes loin du compte. Nous sommes en marges négatives et nos trésoreries sont de plus en plus tendues. Nous ne pourrons pas continuer indéfiniment comme ça. Entre le gazole, la hausse de 3,5% sur le prix des péages autoroutiers et bientôt l'eurovignette... On va finir par être obligé de répercuter tout ça sur nos clients, qui finiront eux aussi par le répercuter sur le client final. Il y a un vrai risque d'inflation», prévient Max Chazot.
Pas de pied de facture pour tout le monde
Si la flambée des cours du baril de pétrole inquiète les transporteurs routiers de la Loire, d'autres entreprises sont, elles, encore plus lourdement impactées. C'est le cas notamment dans les activités de transports de personnes, qui ne bénéficient pas de dispositif compensatoire. «Contrairement aux transporteurs, nous ne pouvons pas répercuter la hausse du prix des carburants sur nos clients en pied de facture. Et pourtant, le carburant est bien entendu notre premier poste de dépenses», explique MlleChebana, dirigeante de Sprintair, société spécialisée dans le transport personnalisé à destination des entreprises et particuliers. «En un an, on a subi une hausse de près de 20% sans que l'on ne puisse rien y faire ou presque. On essaie aujourd'hui d'organiser des prestations de covoiturage pour optimiser nos déplacements et réduire ainsi notre facture carburant, mais c'est très difficile. Nos marges sont de plus en plus réduites», développe MlleChebana. Et de poursuivre: «Nos tarifs ne sont révisés qu'une fois par an. Nos clients ne comprendraient pas qu'on les change en cours d'année» Les artisans taxis sont eux aussi lourdement impactés. «Nous avons calculé que cette hausse du prix des carburants va provoquer une augmentation de nos charges d'environ 1.500€ sur un an pour chacun de nos taxis. Bien entendu, il n'y a pas de répercussion sur le tarif pratiqué au compteur dont les prix dépendent essentiellement des révisions annuelles en préfecture», développe Franck Feola, dirigeant d'Allô Taxi 42.
Tous les secteurs touchés Des charges plus importantes, des marges qui diminuent, c'est aussi ce que constate depuis quelques semaines la responsable de la société Pizza Riv', Christiane Villard. «Évidemment que l'on est touché par la hausse du prix des carburants. La livraison représente 50% de notre chiffre d'affaires. C'est donc 50% de notre chiffre d'affaires qui est impacté. On essaie de regarder sur les matières premières pour réduire nos coûts, mais on ne peut pas trop réduire non plus», argumente la responsable. Telle une traînée de poudre, l'inquiétude semble gagner peu à peu toute l'économie ligérienne. «L'industrie aussi est concernée par la hausse des prix du pétrole. Certaines entreprises ont encore des machines qui fonctionnent au fuel», indique Jean-Luc Clément, président de l'UIMM Loire. «L'influence de la hausse du prix du pétrole n'est pas un problème isolé. Le problème est global avec des gens qui jouent sur l'énergie et son coût. C'est le coût de l'énergie qui nous touche de plus en plus», constate Pierre Mandier, dirigeant de la société PIL (Plastiques Industriels de la Loire). Alors que l'économie ligérienne commence tout juste à entrevoir une sortie de crise, la flambée du prix du pétrole et l'effet domino sur les prix des énergies en général pourraient bien conduire à de nouvelles difficultés. Un signe qui ne trompe pas: pour faire face à l'alourdissement de leurs charges liées notamment à l'augmentation des prix du fuel, du gaz et de l'électricité, les boulangers ligériens pourraient augmenter le prix de la baguette de 3 à 5 centimes d'ici à fin avril.
Nicolas Bros et Gilles Cayuela
Le prix du gazole ne cesse d'augmenter. Il a dépassé en mars le seuil des 1,30 €/L à la pompe. Transporteurs routiers, livreurs, artisans taxis, industries... Tous les secteurs sont touchés par cette flambée qui ampute les marges.