Bretagne Capital Solidaire, Bretagne Jeunes Entreprises, Bretagne Participations, Ouest Venture. Aujourd'hui, la Région Bretagne soutient quatre sociétés de capital-risque et fonds commun de placement, pour un total d'un peu plus de 13,5millions d'euros. Mais en sera-t-il de même demain? Pas si sûr. Le président de Région Jean-Yves Le Drian a commandé un audit à Ernst & Young. Objectif: l'éclairer sur les dispositifs actuels. Pour faire le ménage ensuite? Certains le craignent.
Contrer les capitaux étrangers
«Nous sommes interpellés par les élus locaux sur les problèmes de succession dans les entreprises bretonnes, et la prise de participation étrangère dans ces entreprises», explique Loïg Chesnais-Girard, délégué à l'Économie à la Région Bretagne. «Ernst & Young a donc été sollicité pour analyser la situation et les risques.» Parallèlement, «la Région reçoit des messages fortement divergents», commente un acteur breton du capital investissement. «Entre des chefs d'entreprises qui lui disent qu'ils ne sont pas aidés par les financiers. Et des financiers qui lui disent que des fonds sont mobilisables sur la Bretagne.»
«Mettre à plat les dispositifs
» Y'a-t-il des synergies à trouver? «L'initiative d'audit est bonne car, à un moment donné, il faut mettre à plat les dispositifs», commente Éric Versey. Pour le directeur d'Oséo Bretagne, «le financement du développement est bien couvert aujourd'hui. Il y a assez d'argent sur le territoire. Mais le vrai sujet reste sur l'entreprise fortement innovante qui a besoin de lever des fonds rapidement. Aujourd'hui, très peu de fonds savent accompagner ces projets. À part les business angels, qui ont une force de frappe limitée, ou des fonds étrangers.»
Bretagne Jeune Entreprise au bord du gouffre
Ernst & Young doit rendre son rapport fin mars ou début avril. Sans prendre de retard, car le dossier devient urgent. Bretagne Jeunes Entreprises, (BJE) qui intervient auprès de PME en phase d'amorçage, se trouve en effet aujourd'hui dans une situation périlleuse. En raison d'une nouvelle réglementation européenne, la Région lui a fait savoir qu'elle était contrainte d'abaisser ses subventions (120.000euros maximum au lieu des 225.000euros couvrant les frais de fonctionnement) à partir de 2012. Un vrai coup dur pour BJE, une structure à laquelle participent des banques régionales et qui est déjà déficitaire. Lors d'une réunion du fonds, le mois dernier au Conseil régional, Christophe Blanchy, président de BJE, a ainsi eu une passe d'arme polie, mais réelle, avec le conseiller régional Loïg Chesnais-Girard. Affirmant que ce dossier lui générait des «nuits agitées», Christophe Blanchy a plaidé pour BJE. Et, plus généralement, pour les sociétés de capital création. «En passant quatre coups de fil, j'ai trouvé 160millions d'euros prêts à être investis dans les 24heures», a d'abord fait savoir le président.Et d'en arriver à la conclusion suivante: «il y a trop d'argent dans le capital développement dans notre région. En capital-risque, c'est moins vrai. Et en capital création et amorçage, c'est encore moins vrai.» Pour Christophe Blanchy, un rééquilibrage entre fonds est donc nécessaire. «Puisse les acteurs publics nous entendre pour faire plus en capital création et moins en capital développement, car il n'y en a pas besoin!» Un point de vue, on l'imagine, qui n'est pas partagé par les sociétés de capital développement. Philippe Quelennec est directeur général de Sodero Gestion. La filiale capital-investissement des Caisses d'Épargne Bretagne et Pays-de-la-Loire gère notamment dans la région Bretagne Participations. Pour le patron de Sodero Gestion, la création d'entreprise pose un seul et réel problème. Il s'agit d'un «segment de marché avec un taux de ?sinistrabilité? très élevé. L'argent va donc naturellement se porter plus difficilement vers lui.»
Derrière la réflexion portée aujourd'hui par le conseil régional, on voit la bataille qui se joue entre capital amorçage et capital développement. Et le risque, pour Jean-Yves Le Drian et son équipe, de se retrouver écartelés entre les deux. Lors de la réunion de BJE, Loïg Chesnais-Girard s'est bien évidemment gardé de prendre position. Il a toutefois insisté sur un point: BJE ne sera pas oublié. «Bretagne Jeunes Entreprises est un outil auquel je crois!», a insisté l'élu. Et à l'issue de la réflexion menée par la Région, «on ne rajoutera pas un nouvel outil. On ne jettera pas BJE pour en créer un autre.»
En commandant un audit à Ernst & Young sur les sociétés de capital-risque soutenues par la Région, Jean-Yves Le Drian a créé un certain émoi.
Des structures se posent des questions sur leur pérennité. Et derrière, c'est la bataille capital-création/capital-développement qui se joue.