Canal Seine-Nord Europe : Une victime de la crise?

Canal Seine-Nord Europe : Une victime de la crise?

Seine-Nord est renvoyé à ses études ou plus exactement à une nouvelle étude. Son surcoût et le montage financier sèment le doute quant à sa faisabilité.

«Si je devais abandonner le projet du Canal Seine-Nord, je vous l'aurais déjà dit.» Début septembre, au siège de VNF (Voies Navigables de France), Frédéric Cuvillier, ministre délégué aux Transports, est monté au créneau après les déclarations du dirigeant de Bouygues Construction indiquant que le dialogue compétitif était clos.




Le pavé dans la mare de Bouygues Construction

En lice avec Vinci, le constructeur a jeté un pavé dans la mare Seine-Nord, chantier attendu mais dont le financement total reste incertain. Frédéric Cuvillier a pointé du doigt «les déclarations malheureuses d'un candidat qui a peut-être des difficultés à obtenir des financements.Le dialogue compétitif se poursuit». Une chose est sûre: le financement pose souci. Une étude complémentaire a été commandée. Si l'État entend tenir ses engagements, il cherche des leviers notamment vers l'Europe dont la subvention est de 6,22%. «Ce n'est pas soutenable», martèle le ministre. En attendant, il a mandaté une étude plus approfondie sur le projet.




Cher canal

Le gros problème du financement renvoie aussi au coût du projet ou plus exactement à son surcoût. Estimé initialement à 4,3milliards d'euros, il serait revu à la hausse. «Il a été évalué en 2009. C'est normal qu'il y ait des évolutions. Depuis il y a eu tous les bouleversements que l'on sait sur les marchés financiers», révèle Alain Gest, président de VNF




Mobilisation des élus

Du côté des élus cambrésiens, l'optimisme reste de mise. Pour eux, la machine est déjà en marche. Impensable de faire marche arrière! «VNF n'a pas arrêté ses tractations de rachats de terres agricoles et 700hectares ont déjà été acquis par la Safer», affirme Didier Drieux, le maire de Marcoing. Son homologue de Raillencourt-Sainte-Olle, Maryvonne Ringeval appuie: «Tout le monde a déjà travaillé sur le projet. Les fouilles archéologiques ont eu un coût, les études aussi. La formation des jeunes est enclenchée. C'est un enjeu trop important, ça ne peut pas tomber à l'eau! Personnellement, cela fait 12ans que je participe à des réunions sur ce canal», confie-t-elle tout sourire et plus motivée que jamais. Même montée au créneau dans l'Arrageois avec la mobilisation de treize conseillers généraux qui entendent peser de tout leur poids au niveau européen. «Le canal Seine-Nord n'est pas abandonné», martèle pour sa part Bernard Lauverjat, de Cambrésis Développement Économique (CDE) qui en appelle à l'Europe. «Elle n'a pas fait l'effort qu'elle fait d'habitude pour ce genre de projet d'envergure (Ndlr, 6% d'aides au lieu de 20%). La renégociation avec l'Europe peut être décisive. Nous avons des atouts pour rebondir», ajoute-t-il. Mobilisation au Nord et calme en Haute-Normandie où les incertitudes financières pesant sur la réalisation de SNE ont joué.

Du côté des professionnels portuaires normands, les positions franchement hostiles des débuts laissent place à des analyses aujourd'hui beaucoup plus contrastées. Pour Walter Schoch, directeur général d'Euroports France et président de Logistique Seine Normandie, le projet reste un atout: «Oui, il faut que cette infrastructure qui structurera les flux logistiques futurs se fasse!»