Jonathan Metz, président de Verrissima à Goetzenbruck :
« Notre président dit " Ça va mieux " et répète sans cesse que la situation économique de la France s'améliore. Le sujet est bien plus complexe que cela. Ce que nous vivons aujourd'hui n'est pas une crise conjoncturelle comme celle de 2008, mais bien celle d'une transformation en profondeur, sans possibilité de retour en arrière. Les nouvelles règles du jeu économique sont déjà bien présentes. Le seul remède pour faire face à ce changement, c'est la capacité des entreprises à s'adapter vite et bien. Malheureusement, beaucoup souffrent de ces lourdeurs administratives, sociales, juridiques, réglementaires, fiscales... La rigueur actuelle qui nous est imposée est un véritable frein. Elle va avoir de plus en plus d'incidence en termes de croissance. »
Laurent Pasquier, président d'Arketeam, à Nancy :
« Dire " Ça va mieux ",c'est une blague ! L'amélioration dans les chiffres du chômage est due à un changement du mode de calcul, personne ne peut croire que quelques pouillème de croissance supplémentaires vont faire une reprise... Sur notre activité, nous sommes toujours en croissance, mais nous entendons les clients : des investissements retardés, de la frilosité... Et avec les mois qui viennent, les carnets diminuent peu à peu. Pour changer les choses, le vrai courage politique consisterait à baisser les charges. Comparons avec notre voisin luxembourgeois : 26 % chez eux, 46 % chez nous, ça change tout dans la profitabilité d'une entreprise. »
Rosalba Williams, gérante d'Aquila RH à Vandoeuvre :
« L'activité est plutôt en dent de scie, mais sur le travail précaire, on peut dire qu'effectivement, il y a une reprise, notamment dans le bâtiment et l'industrie. En été, il y a des travaux de maintenance à mener et les congés d'été des titulaires, donc nous travaillons, mais cela fait déjà 15 jours que nous ramons pour trouver des candidats. Et cela est dû à un phénomène nouveau : les demandeurs d'emploi partent en vacances... »
Nicolas Babel, gérant d'Ewattch :
« Depuis que nous avons lancé l'entreprise, en 2011, la conjoncture a toujours été délicate. Heureusement, notre activité est portée par nos innovations et depuis quelques mois, on sent que l'industrie recommence à investir. L'ambiance est moins morose, certains projets bougent. Par contre, du côté des collectivités, ça ne redémarre pas du tout... »
Gilles Verdier, directeur de Sostmeier à Valmont :
« l'Allemagne continue de progresser, l'enfant malade en Europe c'est la France. Si la politique fiscale et industrielle du pays changeait, on pourrait redémarrer, mais il n'y a pas de stabilité fiscale et aucun industriel ne peut vivre avec ça. De façon générale, les politiques, de droite comme de gauche, sont déconnectés avec la vie, avec les PME. Nous n'avons jamais été le centre de leurs préoccupations, alors que la PME c'est le nerf de la guerre, ce sont elles qui embauchent, ce qu'a compris l'Allemagne. »
Bertrand Petat, président de Citzencam, à Nancy :
« Nous avons rebasculé nos solutions vers le privé, car le public est empêtré dans ces problèmes de budget. Les cycles de décisions sont toujours plus longs... Et dans le privé, on sent aujourd'hui un certain enthousiasme, les gens semblent prêts à investir à nouveau. Pour le développement de notre entreprise, le Crédit d'impôt recherche et le CICE ont été des facilitateurs. Mais au-delà de ça, il faudrait vraiment penser à simplifier les procédures, à tourner la page des lourdeurs administratives, notamment en ce qui concerne le dépôt de brevet. »
Stéphane Lehning, président des Laboratoires Lehning, à Sainte-Barbe :
« On constate que c'est plutôt l'export qui porte la croissance des entreprises. Cette reprise dont on nous parle depuis un certain temps, pointe timidement le bout de son nez, mais on est encore loin de la vraie reprise. En observant les chiffres, les investissements sont en hausse, mais ils sont tirés vers le haut par les grands groupes, et non pas par les PME, qui ont plus de mal à investir. Nous sommes loin d'avoir retrouvé la forme, l'engouement qui devraient être les nôtres dans une période de fin de crise. Les ingrédients sont peut-être là, mais l'étincelle ne prend pas. »
Gilles Colin, directeur général de SharePrint, à Maxéville :
« Sur nos marchés, nous sommes plutôt protégés, mais l'activité est la même depuis des mois, et nous n'observons pas de rebond. La mesure qui pourrait vraiment avoir un impact immédiat sur les entreprises, c'est une baisse des charges de 15 à 20 %. Cet argent devrait être réinjecté pour moitié dans les salaires, pour faire tourner le moteur de la consommation et pour moitié dans les entreprises, pour leurs redonner des capacités d'investissement. Mais derrière, il faut avoir le courage politique de baisser considérablement le train de vie de l'État, et enfin considérer la France comme une entreprise, avec un budget à tenir. Les Français ne sont pas dupes des renoncements de l'ensemble des élus, c'est ce qui explique le désintérêt croissant pour la politique. »
Dominique Sacco, directeur général de Sogequare :
« Un chef d'entreprise est quelqu'un qui, par nature, avance et ne se plaint pas. Mais j'en connais de plus en plus qui souhaite vendre leur activité pour pouvoir enfin vivre. Personne n'est dupe des effets d'annonce un an avant les élections, mais aujourd'hui, la politique économique menée n'a plus aucune cohérence. »
Steven Moss, gérant de Rénovation Machines Industrielles, à Atton :
« Je ne sais pas ce qui est concerné par le " ça " dans le " ça va mieux ", mais tout ce que je sais, c'est que pour la première fois en 10 ans, j'ai dû faire face à un impayé. On y croit toujours, on va chercher les marchés pour les jeunes qui arrivent pour remplacer les anciens qui partent. Mais je le constate au sein de l'équipe : il y a une certaine morosité qui s'installe... Parler de reprise me semble exagéré, pour l'instant, c'est vraiment très frileux. Dans nos métiers, le drame, c'est que même en payant très bien les gens, on ne parvient plus à embaucher. »
Le président de la République l'a répété à qui voulait l'entendre : « Ça va mieux ». Le Journal des entreprises est allé demander à dix patrons lorrains si la situation économique s'améliorait vraiment pour eux.