"C'est un choc. Une vraie surprise. Et c'est peu de le dire... Je n'y croyais pas une seconde et maintenant, il faut faire avec". A travers ces quelques mots, l'entrepreneur nordiste Thaddée Segard résume parfaitement la stupeur du monde économique, quelques heures après la confirmation du Brexit. L'Angleterre et le Pays de Galles quitteront l'Union Européenne, après un long divorce qui s'étalera sur près de deux ans. Et tandis que les marchés financiers européens s'effondrent, certains commentateurs allant même jusqu'à parler de Krach boursier, Thaddée Segard se veut rassurant. Le dirigeant de la société de consulting French Deals, par ailleurs fortement impliqué dans la coopération transfrontalière en tant que président de l'association Opale Link, n'a aucun doute sur la poursuite des relations économiques entre la France et l'Angleterre. "Les Anglais viendront toujours chez nous, un peu comme les Parisiens vont en Normandie".
Les Hauts-de-France aux premières loges
Aux premières loges de la transfrontalité : la région Hauts-de-France. Selon les chiffres de la CCI de région Nord de France, les exportations des entrepreneurs du Nord et du Pas-de-Calais vers le Royaume-Uni se chiffraient à 2,29 milliards d'euros en 2014, soit 7% du total des exportations et les importations depuis ce pays à près de 2 milliards d'euros. Pour Thaddée Segard, le Brexit ne changera pas la donne : "Les relations économiques entre la région et le Royaume-Uni sont liées à la complémentarité entre nos deux territoires et elles vont se pérenniser, Brexit ou pas. Les Anglais sont friands de produits locaux et les produits de notre région, c'est pour eux du local. Par ailleurs, ils ont besoin de foncier disponible et moins cher, ainsi que de salariés, ce qu'ils viennent chercher chez nous.". Bien que son action ait plongé de 34 % dans la matinée du 24 juin, suite à cette annonce, le groupe Eurotunnel veut, lui aussi, tenir un discours rassurant. Le Pdg du groupe, Jacques Gounon, vient de faire savoir par communiqué : "La liaison fixe sous la Manche a été créée par un Traité International entre les deux états souverains. Notre vocation franco-britannique est de proposer à nos clients une offre de transport toujours plus performante et compétitive. Je suis serein sur la réalisation de nos objectifs".
L'inquiétude de certaines PME
Certains dirigeants de PME sont tout de même inquiets et ne s'en cachent pas. "Je suis surpris que les Anglais soient allés jusqu'au bout", indique Guillaume Aélion, directeur général de la PME Betsinor (Pas-de-Calais), qui produit des éléments de façade en béton composite et filiale à 100 % du groupe de BTP Rabot Dutilleul. Le dirigeant ajoute : "Cela génère une certaine inquiétude. Nous avons une part très importante de notre activité à l'export, dont les trois quarts en Angleterre. Ce pays représente 50 à 60 % de notre chiffre d'affaires." Dans l'immédiat, sa préoccupation porte sur les cours de change : "Le Brexit n'aura pas de conséquence sur les dossiers déjà en chantiers, mais peut-être sur ceux en cours de finalisation en fonction de la valeur du Livre Sterling car nous signons tous nos contrats en euros". Le dirigeant évoque aussi d'autres sujets d'incertitudes, à plus long terme : "Il y aura peut-être plus de protectionnisme, de frais douaniers, de réglementations..."
Les Anglais, grands perdants de ce Brexit
Selon Thaddée Segard, ce sont tout de même les Anglais qui seront, au final, les grands perdants du Brexit et ce, "à cause de l'incertitude politique, économique et financière. S'il y a bien une chose que l'économie n'aime pas, c'est l'incertitude. Nous sommes partis pour deux ans de divorce et les investisseurs chinois, japonais, américains, indiens, etc., vont être réservés sur le fait d'aller mettre de l'argent dans un pays sans savoir ce qu'il en est exactement ni ce qu'il en sera par la suite. Le Royaume-Uni a subi un déficit d'investissement ces dernières mois qui est, à mon sens, directement lié à la possibilité du Brexit".
L'occasion d'un nouveau départ pour l'Union Européenne ?
Enfin, il y a aussi dans cette affaire d'irréductibles optimistes qui préfèrent voir dans cette annonce l'opportunité d'un nouveau départ pour l'Union Européenne. C'est le discours que tient notamment Bruno Dupont, président de la société de capital risque Autonomie&Solidarité (Nord) et ancien banquier et chef d'entreprise : "Peut-être que le Brexit est une chance de revoir la copie et de constituer un nouveau modèle européen mais c'est aussi porteur d'un nationalisme dangereux." Et de conclure : "Je suis un fédéraliste convaincu et je pense que nous avons besoin d'une Europe politique forte pour exister dans le monde".