Le sous-sol breton n’avait pas fait l’objet d’explorations d’ampleur depuis plus de quarante ans. La start-up lorientaise Breizh Ressources, spécialisée dans les études géologiques et l’analyse des métaux stratégiques, vient d’obtenir du ministère de l’Économie trois permis exclusifs de recherche (PER) baptisés "Epona", "Taranis" et "Bélénos" . Ces titres ouvrent la voie à un large programme d’exploration scientifique sur 42 communes réparties entre le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique et le Maine-et-Loire. Breizh Ressources est adossée à Aurania Resources, société canadienne d’exploration minérale présidée par le géologue britannico- canadien Keith Barron.
Accordés pour trois ans pour Epona et cinq ans pour Taranis et Bélénos, ces permis ont été instruits dans le cadre d’un processus exigeant, marqué par deux consultations publiques et une évaluation environnementale. Le feu vert de l’Autorité environnementale, rendu en février, a confirmé la conformité du projet aux critères réglementaires actuels.
Les périmètres couvrent une superficie totale d’un peu plus de 850 km² : 51 km² pour Epona, 359,5 km² pour Taranis et 440,9 km² pour Bélénos. Ces zones feront l’objet d’une exploration progressive pour identifier d’éventuelles concentrations de métaux dits stratégiques — antimoine, argent, cuivre, étain, germanium, indium, mais aussi or et tungstène.
Un projet d’exploration scientifique, sans extraction
Breizh Ressources insiste sur la distinction entre recherche géologique et exploitation minière. Les permis obtenus ne permettent que des travaux d’observation et d’échantillonnage, réalisés avec des techniques de surface propres et non invasives (cartographie, mesures géophysiques, prélèvements légers). Les interventions seront menées par des géologues régionaux, dans le respect des propriétés privées et des zones protégées.
Toute activité de forage, même limitée, devra faire l’objet d’autorisations spécifiques encadrées par arrêté préfectoral. Ces étapes constituent la première phase d’un cycle de recherche long pouvant s’étendre sur plusieurs années. « Cartographier aujourd’hui, c’est se donner les moyens de décider demain des suites à donner aux éventuelles découvertes », résume Jan-Pol Pallier, directeur exploration de la société.
1,8 million d’euros investi sur cinq ans
Cette initiative s’inscrit dans le plan France 2030, qui relance l’inventaire du sous-sol national face à la dépendance européenne en métaux critiques. Les métaux étudiés par Breizh Ressources sont indispensables à la transition énergétique — batteries, panneaux solaires, éoliennes ou réseaux électriques intelligents.
La start-up, fondée à Lorient en 2020, prévoit d’investir plus d’1,8 million d'euros sur cinq ans pour mener ces travaux en lien étroit avec les autorités compétentes. « Nous voulons faire de cette reconnaissance géologique un projet collectif, élaboré avec le territoire et au service d’une meilleure connaissance des ressources dont dépendent notre vie quotidienne et nos industries », assure Guillaume Mamias, responsable environnement et relations institutionnelles à Breizh Ressources.
Une concertation jusqu’au printemps 2026
Avant toute intervention de terrain, une phase de concertation de six mois sera menée auprès des communes, propriétaires et exploitants. Elle visera à expliquer la démarche, ses objectifs et les garanties environnementales prévues. Cette séquence préparatoire doit faciliter l’ouverture, dès l’été 2026, des premières campagnes de relevés géophysiques.
Par cette démarche, Breizh Ressources espère contribuer à mieux documenter le potentiel géologique armoricain et à doter la France d’un socle de connaissance actualisé sur ses ressources minérales. Dans un contexte mondial de tension sur l’approvisionnement, l’entreprise revendique vouloir replacer la recherche scientifique au cœur de la stratégie nationale de souveraineté minière.