Annoncée le 24 septembre, la plateforme SPINCHIP est présentée au congrès de la Société européenne de médecine d'urgence, qui se tient à Paris. Une présentation orale consacrée à ses performances cliniques y est programmée le 26 septembre. Son premier test, SPINCHIP hs-cTnI, mesure la troponine I cardiaque à partir d'une goutte de sang capillaire. Marqué CE au titre du règlement européen IVDR, il est destiné au tri des patients adultes suspectés d'infarctus aigu du myocarde. Le déploiement hors Union européenne interviendra ensuite, sans calendrier communiqué.
Un prélèvement au doigt, un résultat en dix minutes
Le dispositif associe un instrument de paillasse et une cartouche à usage unique, dont bioMérieux compare la taille à celle d'une pièce de monnaie. Le groupe décrit un fonctionnement en trois temps : prélèvement au bout du doigt, insertion de la cartouche, lecture du résultat après une dizaine de minutes. Il indique que la solution se connecte aux systèmes d'information hospitaliers, sous la supervision des biologistes. Il revendique enfin une performance analytique comparable à celle des automates de laboratoire, sans publier de données à l'appui.
Un dosage aujourd'hui réalisé au laboratoire hospitalier
Dans les parcours de soins classiques, l'évaluation du risque d'infarctus repose sur un dosage de troponine effectué par le laboratoire de l'établissement. Le délai entre le prélèvement et le rendu du résultat avoisine une heure trente. Le chiffre provient de l'enquête EN-TRO-PRISE, menée auprès de laboratoires français et publiée en 2025 dans les Annales de biologie clinique. Le communiqué bioMérieux l'applique à l'ensemble du continent européen.
Les douleurs thoraciques représenteraient de 5 à 10 % des admissions adultes aux urgences européennes, selon plusieurs travaux nationaux dont certains remontent à 2005. bioMérieux cite également une enquête de la Société européenne de médecine d'urgence datée de 2023, selon laquelle environ 90 % des professionnels des urgences estiment leur service régulièrement saturé.
Pr Helge Røsjø, responsable scientifique du centre de recherche clinique d'Akershus et directeur recherche et innovation de l'hôpital universitaire d'Akershus, en Norvège, résume l'enjeu clinique : « Attendre plus d'une heure un résultat biologique crée un véritable goulot d'étranglement, mettant sous tension les services. » Ce praticien présente également les données cliniques du test lors du congrès de Paris.
Un actif norvégien racheté 138 millions d'euros
La technologie provient de SpinChip Diagnostics, société norvégienne installée à Oslo, dont bioMérieux avait pris 20 % du capital en mars 2024. Le groupe a annoncé le 13 janvier 2025 l'acquisition du solde, pour environ 111 millions d'euros en numéraire. L'opération valorisait la société 138 millions d'euros, l'un des montants les plus élevés jamais atteints dans les technologies médicales en Norvège. Un premier lancement de produit était alors annoncé pour 2026.
Le directeur général de bioMérieux rattache cette mise sur le marché au plan stratégique GO•28, dont l'entreprise indique qu'il produira des effets au-delà de 2028. Pierre Boulud justifie ainsi le positionnement retenu : « Cette innovation illustre la poursuite de notre ambition en matière de biologie délocalisée : contribuer à améliorer la prise en charge des patients tout en aidant les systèmes de santé à mieux organiser leurs ressources. »
bioMérieux, qui a réalisé plus de 94 % de son chiffre d'affaires 2025 hors de France (sur un total de 4,07 milliards d'euros et pour 13 700 salariés), ne communique ni prix ni objectif de ventes pour SPINCHIP.