Banques : Soumises au diktat anglo-saxon?
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Banques : Soumises au diktat anglo-saxon?

Financements Inscrire les crédits au bilan ou les revendre sur les marchés. Deux visions qui s'affrontent aujourd'hui et qui pourraient mettre à mal le modèle français.

«L'intention est bonne mais le résultat est catastrophique.» Ce sentiment de Jean-Yves Carillet, président de la Fédération bancaire française Bretagne et patron du Crédit Agricole des Côtes-d'Armor, est vraisemblablement partagé par tous les banquiers en ce moment. Du moins du côté français et européen. Suite à la crise de 2008, les exigences en fonds propres et en liquidité se sont considérablement renforcées. Et la régulation Bâle III suit ce mouvement. Une véritable dérive qui tend à renforcer le modèle anglo-saxon.




Deux modèles de banque

«Il y a deux modèles de banque, explique Jean-Yves Carillet. Les banques françaises, qui inscrivent les crédits dans les bilans, et la finance anglo-saxonne, où les banques font des crédits mais les revendent sur les marchés. Résultat, on ne sait plus très bien qui porte le crédit.» Or, avec la réglementation Bâle III, toujours selon le banquier breton, c'est ce système qui va prédominer. «La réglementation adopte le modèle anglo-saxon et pousse les banques européennes à revendre les crédits sur les marchés. Pour nous, ça n'est pas sain. Il faut éviter les dérives spéculatives.» Et Yves Breu, vice-président de la Fédération bretonne et patron de la BPO de faire remarquer que «les institutions bancaires sont régulées. Les hedge funds ne le sont pas, ils sont complètement en dehors des réglementations.» Pour Jean-Yves Carillet, dans cette affaire, les banques françaises se font donc «imposer un modèle» et font preuve de «naïveté». Avec de graves conséquences à la clé. «Quand vous titrisez des crédits, vous ne pouvez les revendre que s'il y a une perspective de gain pour l'acheteur. La conséquence est une hausse du crédit.»




«Pas de restriction de crédit!»

Loin de cette guerre de "civilisation", sur un plan plus régional, les banquiers notent une année 2011 «où les financements de l'économie ont été en forte croissance.» Les encours ont ainsi progressé de 4,6%, soutenus par les particuliers (+7,4% pour l'habitat) mais aussi les entreprises (+4% en crédit et +6,7% en trésorerie). En Bretagne, 79,5milliards d'euros de crédits à l'économie ont ainsi été accordés. C'est 4milliards de plus qu'en 2010. «Ce qui traduit bien une hausse d'activités», commente Jean-Yves Carillet. Et d'annoncer que, globalement, «les bilans 2011 des entreprises seront bons.» L'attentisme et le fléchissement de la progression des encours en fin d'année ainsi que la période électorale dans laquelle nous sommes rentrés laissent toutefois à penser que 2012 ne suivra peut-être pas cette tendance. Raison de plus pour Jean-Yves Carillet et Yves Breu de lancer un appel aux entreprises: «Ne différez pas vos investissements ! Il n'y aura absolument pas de restriction de crédit!» Et Yves Breu de rappeler à ceux qui se verraient refuser des financements: «En Bretagne, avec le choix de 19 établissements bancaires, un bon projet va être surfinancé.»

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