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Banques françaises : prêtes à financer des activités « sensibles » ?
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Banques françaises : prêtes à financer des activités « sensibles » ?

Malgré des carnets de commande avoisinant les 100 millions d'euros, Manurhin a vu son chiffre d'affaires chuter de moitié. La faute aux difficultés de financement.

C'est un paradoxe dont aimerait se passer Rémy Thannberger, président du directoire de Manurhin, le fabricant mulhousien de munitions pour armes de petits et moyens calibres. Bien que le groupe disposait en 2016 d'un carnet de commandes de près de 100 millions d'euros, celui-ci s'est retrouvé dans l'incapacité de trouver des solutions de financements en France. « À la fin 2016, le chiffre d'affaires a enregistré un recul de près de 50 % par rapport à l'exercice précédent. Nous n'avons pas eu accès au crédit bancaire en France » explique Rémy Thannberger. Les raisons invoquées ? « L'activité de Manurhin est de nature à être placée sous le contrôle des pouvoirs publics et un de nos actionnaires à 34 % est étranger, originaire de Slovaquie. C'est un constat froid, je le dis sans polémique mais cela semble être l'explication de cette invraisemblable situation. Nous avons trouvé des financements à l'étranger. Mais cela pose un problème de fond. Comment une entreprise comme la nôtre, qui exporte 100 % de sa production, peut espérer conserver son activité sur le terrain national sans être financé ici ? » s'interroge Rémy Thannberger. Le groupe s'attendait à un accord avec Bpifrance, actionnaire de Manurhin aux côtés de Giat Industries à hauteur de 43 % depuis 2011. « En mars 2016, à la demande de l'État, nous avons pourtant racheté ses titres, Robert Nguyen, PDG de MRE et moi-même. L'État est ainsi entré au capital de Manurhin en 2011 et en est sorti en 2016, plus-value à l'appui » affirme Rémy Thannberger.

Financements à l'étranger

Sans soutien des banques françaises, Manurhin compte sur des solutions de financement plus proches des marchés sur lesquels la société intervient. « Dans le cadre d'un contrat au Sultanat d'Oman, c'est une banque du pays qui nous a financés. Quand ce n'est pas le cas, nous cherchons des financements au Royaume-Uni ou en Europe centrale. La situation est ubuesque car la demande mondiale ne se dément pas et nous figurons dans les short lists des appels d'offres internationaux ».

Le « Made in France » sollicité

Ce printemps, Manurhin s'apprête ainsi à livrer l'intégralité de l'équipement d'une usine de production de munition à Oman. Le contrat avait été signé en 2013 pour 70 millions d'euros. De plus, l'industriel mulhousien prépare des signatures au Moyen-Orient et en Amérique latine. Le groupe travaille également à la livraison de lignes de production complètes en Scandinavie, en Afrique du Nord et en Europe centrale. « Cela montre que la consommation de munitions est en croissance à travers le monde et en France aussi dans le contexte sécuritaire actuel. Le budget est revu à la hausse pour s'équiper de nouveaux fusils d'assaut ».

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