La crise ne freine pas la création d'entreprise en France. Au contraire, même, puisque sur les sept premiers mois de l'année, le nombre de création a bondi de 61% par rapport à 2008. De janvier à juillet dernier, ce sont ainsi plus de 337 000 entreprises qui ont vu le jour, ce qui constitue un record historique. Des chiffres en trompe l'oeil cependant en raison de l'apparition du régime de l'auto-entrepreneur. Plus de la moitié des créateurs ont en effet opté pour ce statut. On compterait aujourd'hui près de 200 000 auto-entrepreneurs en France. Ce statut aurait donc libéré l'envie d'entreprendre, jusqu'alors sclérosée en raison de formalités administratives, juridiques (comme la publication d'annonces légales dans un journal habilité) et d'une pression fiscale trop lourdes. Seulement voilà, les premiers chiffres font état d'une faible proportion d'auto-entrepreneurs ayant déclaré une activité réelle. Sur les 70 000 auto-entrepreneurs inscrits fin mars, seulement 29 800 ont déclaré un chiffre d'affaires fin juin, soit 42,6% d'entre eux.
Concurrence déloyale ?
« Ces chiffres sont très bons et au-delà de nos espérances. Ces auto-entrepreneurs n'en sont qu'au démarrage de leur activité. En quelques mois, cela représente quand même un chiffre d'affaires de 210 millions d'euros et cela a généré 31 millions de cotisations. Pour ceux qui ont déclaré une activité, cela équivaut à 4 700 € par trimestre. Dans le contexte actuel, c'est une performance », s'enthousiasme pourtant François Hurel, président de l'Union des auto-entrepreneurs (UAE) et auteur du rapport à l'origine du régime de l'auto-entrepreneur. Ces chiffres tendent à confirmer qu'une part importante des auto-entrepreneurs a opté pour ce statut comme complément d'une activité salariée et non comme une création d'entreprise. Les Chambres de métiers et de l'artisanat sont montées au créneau au lancement de ce nouveau statut, dénonçant une concurrence déloyale pour les artisans puisque les auto-entrepreneurs ne facturent pas de TVA. Surtout, ils n'ont pas de qualification professionnelle à justifier avant de se faire immatriculer. Face à cela, le ministère de l'Economie a établi une Charte de qualification, par laquelle l'auto-entrepreneur signataire s'oblige à respecter dix engagements parmi lesquels « l'obligation de disposer des compétences courantes requises pour exercer son activité et d'être titulaire des qualifications nécessaires à l'exercice d'une activité réglementée ou soumise à une obligation de qualification ».
Un statut pour tester un marché
Les auto-entrepreneurs concurrents déloyaux des artisans? Un faux débat pour François Hurel pour qui « les auto-entrepreneurs seraient de vrais concurrents s'ils demandaient que le seuil de leur chiffre d'affaires annuel soit relevé au-delà de 32 000 euros. Ce n'est pas le cas ». La raison d'être de l'auto-entrepreneuriat est plutôt de mettre le pied à l'étrier aux créateurs d'entreprises. « Le statut d'auto-entrepreneur peut être considéré comme une phase de test pour le créateur avant d'opter pour un autre marché. C'est une période qui peut lui permettre de voir s'il est fait pour être chef d'entreprise», explique Laure Thiébault, juriste à l'APCE. Et François Hurel d'abonder dans ce sens: «60% des auto-entrepreneurs nous disent qu'à terme, ils veulent créer une entreprise. Ce statut peut être un tremplin vers d'autres régimes ».