Quelle est la nature réelle du danger pour les artisans? La naissance du statut d'auto-entrepreneur n'a pas, à ce jour, profondément bouleversé les marchés sur lesquels ils évoluent. Certains perdent, bien évidemment, des contrats au profit d'auto-entrepreneurs dont le statut autorise des avantages fiscaux décisifs (un seul prélèvement de 23% sur leur chiffre d'affaires déclaré, exemptés de TVA...) et qui permettent de produire des devis ultra-compétitifs. C'est particulièrement vrai dans des secteurs aussi variés que le bâtiment, la peinture, la photographie, selon le président de la chambre de métiers d'Alsace, Bernard Stalter. Mais si l'impact financier est, de son aveu, difficile à chiffrer, c'est plus au niveau du moral que les artisans ont pris un coup. La distorsion de concurrence leur reste en travers de la gorge.
Une action de lobbying auprès des politiques
Dans ce contexte, ils jouent sur deux tableaux. Le premier est politique: l'action de lobbying des représentants de l'artisanat de la région a notamment abouti à une proposition de loi limitant dans la durée le statut des auto-entrepreneurs. Un travail qui se fait au niveau national et à l'échelon local, également. «Nous serons attentifs aux aides du conseil régional qui iraient en direction d'auto-entrepreneurs n'ayant pas la capacité d'assimiler les évolutions de leurs métiers, en particulier dans le bâtiment», a ainsi déclaré le mois dernier le président de la région Philippe Richert, devant l'union des corporations du Bas-Rhin. Le second tableau ne dépend que d'eux: ils travaillent activement sur leur image pour différencier leurs entreprises des microstructures créées par les auto-entrepreneurs. «Nous devons affirmer la place de l'artisanat», explique ainsi Bernard Stalter, «insister sur nos valeurs que sont l'audace, la créativité, l'innovation et la qualification». Des valeurs réaffirmées par des organisations ou des labels largement mis en avant, devenus de véritables outils de communication: Entreprises du patrimoine vivant, Meilleur ouvrier de France, fédération des métiers d'art sont ainsi mis à contribution. Pas question cependant de remettre en cause un statut dont l'objectif est, parmi d'autres, de susciter des vocations d'entrepreneurs, de futurs artisans à part entière. En revanche, les artisans formulent un rêve. Que les conditions, notamment fiscales, d'exercice de leur métier soient alignées sur celles de l'auto-entreprenariat. Pas sûr, dans le contexte économique actuel et sur un dossier ô combien politique, porté au plus haut niveau de l'État, de le voir se réaliser un jour...
Alors que le ?père? des auto-entrepreneurs, François Hurel, doit venir en Alsace fin novembre pour faire entendre leurs voix, les artisans se posent toujours en premières victimes d'un statut qui, selon eux, a créé une véritable distorsion de concurrence. Les chiffres officiels de l'activité des auto-entrepreneurs permettent toutefois difficilement d'accréditer la thèse d'un raz-de-marée. Il n'empêche, la différence de traitement au niveau des charges -très avantageux pour les auto-entrepreneurs- laissera des traces dans les esprits, même si les artisans reconnaissent aussi que l'auto-entreprise peut constituer une excellente première étape vers l'entreprise.
Dossier réalisé par Philippe Armengaud