Le PC du bureau est ralenti du bulbe, il rame, il mouline, bref, la fin est proche. La décharge aussi. Sauf si vous l'avez acheté à la jeune pousse tarnaise Ashelvea. Les modèles Evolutis, commercialisés depuis janvier2009, finiront tous en carottes, navets et autres radis noirs. Car Evolutis est compostable. Sa coque en bioplastique d'amidon de maïs, une fois broyée en micro-granules, est biodégradable à 100%. Restera l'intérieur du PC. Mais chez Ashelvea, tout est prévu pour assurer une fin de vie la plus verte possible à ces ordinateurs entièrement ou presque ?made in France?. L'idée des deux informaticiens, Hugo Sossah et Valentin Pineau, a pris douze mois pour se concrétiser. «Aujourd'hui, l'informatique est jetable. Comment faire pour que les matériaux ne terminent pas dans les décharges dans les pays du Sud? Il fallait penser à la fin de vie dès le début», souligne Hugo Sossah. Sans prétendre révolutionner l'usage et la durée de vie de l'ordinateur, lui et son associé cherchent «les composants les plus propres, donc les plus faciles et les moins chers à recycler.» Bois, métal et aluminium sont éliminés: trop chers en coût de production. Pourquoi pas les bioplastiques, à base végétale, déjà utilisés pour la production de sacs de caisse ou de gobelets? Certes, mais une coque d'ordinateur a des contraintes: résistance à la chaleur, aux pressions, aux chocs. Les deux ingénieurs planchent sur une formule magique. Dans la recette, un mélange de PLA et d'adjuvants «à base minérale et végétale qui n'altèrent pas la biodégradabilité du matériau.»
Trois salariés directs, quarante indirects
La provenance des petits grains jaunes qui finiront moulés est tenue secrète. Mais chez Ashelvea, on assure qu'ils viennent «en train» jusqu'en Midi-Pyrénées. Seuls les composants électroniques pêchent par excès de kilomètres. L'unité centrale vient d'Asie. «Mais si on faisait produire la carte mère en France, elle atteindrait le prix d'un PC», justifie Hugo Sossah. Aujourd'hui la PME, installée à Graulhet, ne compte que trois personnes, fondateurs compris, mais en fait travailler quarante en Midi-Pyrénées. Des plasturgistes de Toulouse et de Montauban, spécialisés dans l'injection, moulent les coques. La peinture du châssis en acier est réalisée à Albi. L'ordinateur lui-même, vendu autour de 650€HT, est assemblé à Rodez, dans un centre d'aide par le travail. Pour enfoncer le clou environnemental, les concepteurs ont privilégié des composants informatiques économes en énergie. Résultat: un PC qui consomme en moyenne un tiers d'énergie de moins qu'une machine standard. En 2012, Ashelvea prévoit de récupérer les appareils, les reconfigurer et les regrouper dans des ?cyber-unités?. Un très faible tarif de location, autour de 10€ pas mois, servira à payer notamment des moniteurs pour donner des cours à des personnes dépourvues de matériel et de connaissances informatiques. «C'est notre participation à la réduction de la fracture numérique», ajoute Hugo Sossah.
La Poste et le Commissariat à l'énergie atomique intéressés
L'Evolutis, qui espère décrocher dans le courant de l'année l'écolabel européen, n'est pour l'instant commercialisé qu'auprès des professionnels, sur commande. Ashelvea espère fabriquer entre 5.000 et 10.000 unités cette année. La Poste et le Commissariat à l'énergie atomique font déjà partie des gros clients. La petite entreprise espère bien accrocher à son palmarès commercial d'autres mastodontes accros de l'ordinateur vert.
Ashelvea
Création: 2007 CA: 400.000euros Effectif: 3 www.ashelvea.com