Impossible de manquer, cet été, les images des baigneurs au pied de la Tour Eiffel ou du Pont Marie, barbotant dans la Seine avec leurs bouées de nage en eaux libres. Derrière ce coup d’éclat de la mairie de Paris, qui avait juré, dans la foulée des JO de 2024, de rendre la Seine baignable, se cache une PME familiale nordiste, Boaz (15 salariés, 4 M€ de CA). Fondée en 2000 par deux anciens champions de voile, l’entreprise basée à Willems (Nord), spécialisée dans les loisirs nautiques, a été depuis transmise à leurs fils, qui continuent de creuser le sillon parental, entre expertise technique et grain de folie.
"Au départ, notre activité se concentre surtout sur les bases nautiques : nous avons géré Paris Plage pendant quinze ans, par exemple. Nous louons ou vendons du matériel nautique ou des équipements pour les parcs aquatiques, comme des structures gonflables. En hiver, nous installons des patinoires ou des pistes de curling. Et depuis cette année, nous sommes pionniers sur le marché de la baignade urbaine, qu’elle soit ludique, sportive, ou d’apprentissage", présente Arnaud Comyn, le président de Boaz.
100 000 baigneurs
Belle prouesse, pour la PME, que d’avoir décroché ce marché public en vue, courant sur deux ans, renouvelable une fois. Et d’avoir transformé l’essai. Alors que les cinq points de baignade franciliens ont fermé mi-septembre, à l’issue d’une première saison très concluante, le dirigeant peut souffler.
"Ça a été une très, très belle réussite. Avec une centaine de saisonniers, nous avons accueilli plus de 100 000 baigneurs sur l’été, sans incident grave. Sur les 57 jours d’ouverture prévus, nous n’avons fermé que 12 jours à cause de la météo ou de la qualité de l’eau. Tous les retours ont été très positifs et surtout, le pari a été tenu de rendre la Seine aux parisiens : 82 % des baigneurs étaient locaux, même si on a eu aussi beaucoup de touristes qui ont évidemment trouvé cette expérience incroyable. Se baigner au pied de la Tour Eiffel ou des ponts parisiens, c’est vraiment quelque chose !"
Vitrine pour la capitale, l’opération en constitue aussi une très belle pour la PME, qui a multiplié les contacts tout au long de l’été. "Une quarantaine de collectivités" sont venues tester les installations. "Grâce à ce pari un peu fou avec la mairie de Paris, nous sommes à même de guider nos clients à travers toutes les étapes de ce qui honnêtement, est un parcours du combattant. La maîtrise d’œuvre, l’aspect technique, le choix du lieu, le juridique, la logistique, l’exploitation… on maîtrise tous les sujets, et on accompagne déjà six collectivités dans le montage de leur dossier", se félicite Arnaud Comyn, qui analyse : "La baignade urbaine est au cœur de plein de sujets contemporains, la réappropriation du milieu naturel, le manque de piscines publiques, la gestion des fortes chaleurs en ville et des baignades sauvages…"
X-Tower
Reste à Boaz à surfer, "avec prudence", sur la forte croissance conférée par sa nouvelle activité. De 4 millions d’euros de chiffre d’affaires, la PME devrait passer à 7 millions environ cette année. Et dépasser, à tout le moins, les 8 millions d’euros l’année prochaine. Cinq personnes vont être embauchées en gestion de projets autour des baignades urbaines. Mais ces dernières sont loin d’être le seul axe de développement pour Boaz.
La PME mise en effet sur une innovation maison, la spectaculaire "X Tower", pour redynamiser un marché des bases nautiques en perte de vitesse. Avec ces structures flottantes culminant à 12 mètres de haut, offrant plongeoirs vertigineux et toboggans à sensations, Boaz compte toucher un nouveau public, trop âgé pour les structures gonflables traditionnelles et avide de défis. Une vingtaine a déjà été vendue, dont quatre aux États-Unis, où Boaz est en train de créer une filiale commerciale. Encore du "fun" en perspective…