Elle traverse le couloir au pas de course. Une bise à un collaborateur qu'elle n'a pas encore croisé. Un renseignement au travers d'une porte entrebâillée, interpellée par un tutoiement naturel. Et le téléphone qui ne cesse de sonner. Anne-Sophie Panseri est une femme occupée mais elle est surtout une femme de communication. Pour parler de son entreprise et de son métier de chef d'entreprise. Pour être à l'écoute de ses salariés lorsqu'ils ont des coups durs personnels. Si proche au moment de ses difficultés. Pour s'impliquer dans la vie économique locale. Elle veut rendre ce qu'elle a reçu.
Se frotter au terrain
Anne-Sophie Panseri entre dans l'entreprise familiale à 23 ans. Après un DUT techniques de commercialisation à Lyon et une maîtrise en information et communication, elle est embauchée chez Décathlon. Sa mission accomplie, elle frappe à la porte de Mavil, l'entreprise créée par son grand-père, Victor Simon, en 1936. «Je baigne dans l'industrie depuis toujours. J'ai proposé à mon père, Bernard, de créer un service marketing et un service après-vente pour l'activité de fabrication des portes. C'est par goût que j'ai désiré m'occuper de cette activité. Il y a, dans les portes, un côté design et beau qui me séduit.» La jeune femme veut se frotter au terrain. Après quelques années de présence, Anne-Sophie Panseri prend en charge la production. «J'ai relevé mes manches. Je suis allée au contact des ouvriers pour apprendre, se souvient-elle. Je voulais comprendre ce que l'on fabriquait et ce que l'on vendait.» Elle s'entoure des bonnes compétences. «Avec de la volonté, tout s'acquiert!»
Jusqu'à la procédurede sauvegarde
1999 marque un tournant. Son père décide de vendre le groupe de Décines à des Italiens. «Ils n'étaient pas intéressés par l'activité des portes souples industrielles. Nous avons repris ces actifs avec mon frère Romain.» La croissance est au rendez-vous durant sept ans. Pourtant, une attaque d'un concurrent pour contrefaçon met en péril le groupe familial. La dirigeante engage une bataille juridique qui la mènera jusqu'à la procédure de sauvegarde. «Maviflex était une des premières entreprises en Rhône-Alpes à bénéficier de cet outil en 2006, souligne celle qui se défendra bec et ongles. C'était la meilleure solution pour pérenniser l'entreprise.» Elle est sur tous les fronts: conserver les clients, rassurer les salariés, convaincre les fournisseurs, lutter contre une procédure qui verra finalement l'annulation des condamnations financières.
Sa tribu
Elle est allée puiser la force de se battre dans ses racines, sa famille, sa relation sans faille avec son frère. Des valeurs qui ont envahi toute son entreprise. «Mon père était très proche de ses équipes, se souvient Anne-Sophie Panseri qui a perdu son papa quelques semaines après le lancement de la procédure de sauvegarde. Je pense souvent à lui et à mon grand-père quand j'ai des décisions importantes à prendre.» Un buste en bronze de Victor veille sur elle dans son bureau. Un autre de son père accueille les visiteurs de Maviflex. Ils ont été façonnés par sa grand-mère... Sa tribu la rassure.
Juge au tribunal de commerce
Elle veut maintenant rendre ce qu'elle a reçu. Elle a été élue en juillet présidente de Femmes chefs d'entreprise Rhône-Alpes. «J'ai reçu une écoute de ces femmes au moment de mes difficultés, explique-t-elle. Je souhaite m'impliquer car un chef d'entreprise ne peut pas piloter sans s'intéresser au développement économique de son territoire.» Mais surtout, ce qui l'intéresse, c'est une fonction de juge au tribunal de commerce. «Je suis encore trop jeune par rapport à la procédure de sauvegarde engagée pour Maviflex pour prétendre à être juge. Mais dans quelques années, je souhaiterais rendre l'écoute et les conseils que j'ai trouvés auprès du tribunal de commerce de Lyon. Je veux donner de mon temps et de mon énergie pour aider un chef d'entreprise à passer ce cap si difficile et si douloureux.»
Attachée aux valeurs de son entreprise industrielle familiale, Anne-Sophie Panseri s'engage dans la vie économique pour faire partager sa riche expérience de femme chef d'entreprise.
Stéphanie Polette