Déjà présent sur les marchés de l'hydraulique, de la géothermie, du solaire et de l'éolien, Alstom se prépare à attaquer celui de l'hydrolien. Et c'est à partir de Nantes que le groupe industriel a choisi de mener cette nouvelle aventure. En toute discrétion. Les premiers collaborateurs d'Alstom Hydro, le pôle énergies marines renouvelables du groupe, sont en effet arrivés presque incognito au printemps 2009. Rassemblant une trentaine de collaborateurs, les équipes nantaises sortent aujourd'hui de l'ombre.
Un monstre de vingt mètres
Elles viennent en effet de présenter la maquette de leur première hydrolienne, baptisée Béluga9. Devant reposer sous trente mètres de fonds à une dizaine de kilomètres des côtes, le premier modèle d'hydrolienne atteindra une hauteur de vingt mètres pour treize mètres de diamètre. Entraînées par les courants de marées, les turbines de ce monstre marin présenteront une puissance d'un mégawatt. Cette hydrolienne est adaptée à des marées très rapides, jusqu'à 4,5 mètres par seconde. «C'est comme si on installait une éolienne au milieu d'un cyclone», illustre Philippe Gilson, directeur énergies marines d'Alstom Hydro. Orca, un deuxième modèle doté d'un diamètre de vingt mètres de long est en cours de développement, en collaboration avec STX, l'école Centrale de Nantes et le Cétim. Il pourra affronter des courants moins violents que sa soeur aînée.
Aventure nanto-canadienne
À l'origine d'Alstom Hydro, la signature d'un contrat de licence avec la start-up Clean Current. Il aura fallu un an et demi aux équipes nantaises pour peaufiner et préparer l'industrialisation de la technologie de cette société canadienne. En cours de construction, un démonstrateur Béluga 9 devrait être déployé en 2012, dans la baie de Fundy, au Canada. Un an plus tard, cela devrait être au tour d'Orca de faire des tests en mer, sans doute au large de Paimpol. Le déploiement commercial n'est pas attendu avant quatre ans. «Je ne vois réellement un démarrage qu'à partir de 2015 et sur les dix années qui suivent», juge Philippe Cochet, vice-président d'Alstom Hydro & Wind. Le groupe estime que le marché de l'hydrolien représente entre 50.000 et 100.000 mégawatts dans le monde, dont près de 3.000 mégawatts en France. De quoi construire plusieurs dizaines de milliers d'hydroliennes au total. Philippe Cochet indique d'ores et déjà être en relations avec des énergéticiens «pour deux cents hydroliennes, parfois même au-delà».
Quel impact en région?
Cette nouvelle activité commence à mobiliser le tissu industriel local. Bien qu'avouant «avoir tout à découvrir», Jacques Hardelay, directeur général de STX France, ne veut pas passer à côté de cette technologie. Le chantier naval travaille avec Alstom sur les fondations des futures hydroliennes ainsi que sur les moyens de pose. Les bassins de traction et de houle de l'école Centrale sont, eux, utilisés pour les phases d'essai. Reste qu'Alstom, dont les locaux actuels de l'Ile de Nantes peuvent encore absorber une vingtaine de recrutements, raisonne au niveau mondial. Les pièces à forte valeur ajoutée du premier démonstrateur (turbine, alternateur, etc.) seront fabriquées dans les usines canadiennes du groupe. Le carénage sera, lui, confié à des sous-traitants situés au plus près des zones d'immersion. En phase d'industrialisation, le pôle hydrolien d'Alstom devrait générer plusieurs centaines d'emplois au sein du groupe. Une aubaine pour la région? A voir car, comme l'indique Philippe Cochet, ces emplois peuvent tout aussi bien être créés à Nantes qu'ailleurs.
Alstom
(Levallois-Perret) P-dg: Patrick Kron 96.500 salariés CA 2009: 23 Md€ 01 41 49 20 00