Algérie-Bretagne Stratégie du gagnant-gagnant
# Conjoncture

Algérie-Bretagne Stratégie du gagnant-gagnant

International En favorisant la création d'une filière lait en Algérie, la Bretagne espère bien en retirer des bénéfices pour les entreprises bretonnes.

Un nouveau type de relations commerciales à l'international semble aujourd'hui se dessiner. Et la Bretagne s'inscrit pleinement dans ce mouvement. Fini la relation client-fournisseur. Place au partenariat gagnant-gagnant. Symbole de ce renouveau du commerce international: le lait. Le mois dernier était acté à Alger, en présence de l'Ambassadeur de France et sous l'impulsion de Bretagne International, la création d'un Comité national de pilotage autour de la filière lait. Objectif de ce dispositif découlant de plusieurs mois de négociations: exporter de l'autre côté de la Méditerranée le savoir-faire breton en matière de production laitière et, surtout, les services qui y sont associés.




Parts de marché: stopper l'hémorragie

Aujourd'hui, la production algérienne représente un peu moins de la moitié de sa consommation laitière annuelle (3,3milliards de litres). Autant dire que ce pays doit importer en masse de la poudre de lait. Danone, Lactalis, Bel, Bongrain... Tous les géants de l'industrie laitière sont aujourd'hui actifs sur ce marché. Y compris les Bretons (Sill, Even, Triskalia, etc.). Mais la guerre fait rage entre tous ces concurrents et, au final, les parts de marché ont tendance à diminuer. C'est là ou la démarche initiée par Bretagne International prend tout son sens. En aidant les Algériens à développer leur propre filière, l'organisation bretonne tente d'ouvrir cet énorme marché aux entreprises régionales. «En particulier aux fournisseurs de l'exploitation comme le machinisme, les engrais, l'alimentation, la génétique, etc.», liste Marc Gillaux, directeur de Bretagne International.




Risqué à long terme?

Concrétisation de cette coopération, trois groupes d'appui aux éleveurs laitiers (Gapel) seront prochainement créés à Blida, Relizane et Souk Ahras. Ils seront constitués d'ingénieurs et vétérinaires recrutés en Algérie et formés via Bretagne International. En Algérie mais aussi en Bretagne. La présence du ministre algérien de l'Agriculture et du développement rural, le 11juillet à Pacé, à l'AG de Bretagne International, viendra sceller cet accord.




Approvisionnements réservés

On comprend donc la stratégie de BI: aider les Algériens à monter leur propre filière lait pour susciter de nouveaux besoins. Mais en prenant cette voie, qui pourrait d'ailleurs être déclinée dans d'autres filières (lire ci-dessous), la Bretagne ne se tire-t-elle pas une balle dans le pied? Car à plus long terme, si l'Algérie produit son propre lait, les exportateurs bretons risquent de voir leurs parts de marché réduites à peau de chagrin. Bretagne International s'est évidemment posé la question. «Et nous avons pris langue avec les exportateurs de poudre de lait, confie Marc Gillaux. Ils nous ont tous dit, allez-y, foncez!» Et d'expliquer pourquoi. «À partir du moment où l'on rentre dans un processus de coopération, non seulement on contrecarre les importations réalisées auprès de nos concurrents, mais en plus, les acteurs algériens nous réservent une partie de leur approvisionnement en poudre», indique le directeur de Bretagne International. En plus, «compte tenu de la croissance de la population algérienne et donc de la consommation de lait, l'Algérie continuera dans le futur à acheter la même quantité de poudre de lait qu'aujourd'hui».

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