Elles sont désormais loin les craintes qui, il y a quatre ans, avaient accompagné la sortie de l'usine nazairienne d'Airbus du périmètre d'un avionneur européen alors en pleine restructuration. Rebaptisée Aerolia tout en demeurant dans le giron d'EADS, l'ancien site Airbus de Saint-Nazaire passe aujourd'hui à l'offensive. Après avoir injecté 160millions d'euros dans les composites sur son site de Méaulte (Somme) en 2009, créé une usine en Tunisie (2010) et un bureau d'études au Canada (2011), Aerolia prépare à Saint-Nazaire un plan d'investissement de cent millions d'euros sur cinq ans, à raison d'une vingtaine de millions d'euros par exercice. Le nouveau schéma directeur industriel réorganise en effet en profondeur l'activité de l'usine nazairienne spécialisée dans la fabrication de pièces métalliques et de tuyauteries. La moitié de ses 710 salariés et de ses 100.000m² de surfaces couvertes va être concernée par la nouvelle stratégie du groupe.
Cap sur les grandes pièces
Celle-ci amène Aerolia à se recentrer sur plusieurs activités. En premier lieu, sur la fabrication de pièces en aluminium (et de ses dérivés) de grandes dimensions. Par rapport aux petites pièces métalliques, «elles sont moins soumises à la concurrence internationale, car elles nécessitent plus de compétences et l'impact sur le plan logistiqueest plus fort», explique Arnaud Mayer, directeur de l'usine nazairienne d'Aerolia. Des pièces de grande dimension, Aerolia en fabrique aujourd'hui déjà. En utilisant notamment plusieurs technologies innovantes comme le banc d'étirage le plus puissant du monde (deux fois 800 tonnes) ou une demi-douzaine de centres d'usinage mécanique. Ces énormes machines, qui chassent la matière inutile, donc allègent le poids des avions, «sont beaucoup moins coûteuses que l'usinage chimique. Elles sont 30% plus rapides», assure Philippe Le Grégam, directeur adjoint de la communication d'Aerolia. Ces activités seront demain renforcées, tandis que de nouveaux métiers, comme le traitement de tôles épaisses, vont faire leur apparition. Outre les pièces de grandes dimensions, l'établissement nazairien d'Aerolia va continuer à développer son atelier de tuyauterie, hérité d'Airbus. Celui-ci va ainsi être doté d'un bureau d'études. Les activités de services à la production (fabrication de mastic, de pièces d'urgence, etc.) seront, elles aussi, confortées.
Les débuts de l'assemblage
Enfin, le site nazairien va accueillir un pôle d'assemblage. Notamment pour les programmes Global 7000 et Global 8000 de Bombardier, premier pas d'une stratégie de diversification d'une entreprise historiquement très liée à Airbus. Le Nazairien commencera dans les prochains mois la construction des parties de fuselages des deux avions d'affaires du constructeur canadien. Il les livrera dans une logique de «plug and fly», c'est-à-dire équipées de leur système électrique et de leur tuyauterie.
La petite pièce externalisée
Le développement de ces activités amène Aerolia à arrêter la plus grande partie de la fabrication de petites pièces métalliques, jugées à moins forte valeur ajoutée et plus soumises à la concurrence internationale. Si la production des pièces «customisées» est conservée, les deux tiers de cette activité vont être externalisés. Aussi bien auprès de partenaires situés sur le pôle tunisien monté par Aerolia en 2010 qu'auprès de PME locales. Gestal (Saint-André-des-Eaux), Jallais (Sainte-Luce-sur-Loire) et Rabas (Saint-Nazaire, lire page14) vont ainsi récupérer d'ici à la fin de l'année des activités jusqu'alors réalisées au sein d'Aerolia. C'est donc une nouvelle ère qui s'ouvre pour Aerolia. Une ère sous le signe de la croissance. Ayant recruté une soixantaine de salariés depuis trois ans, l'usine devrait en faire autant d'ici à la fin de l'année. Elle bénéficie de la très bonne forme d'Airbus, son partenaire historique et ne cache pas son intention d'aller chercher, à l'instar de Bombardier, d'autres clients aux quatre coins du monde. C'est dans ce contexte de forte montée des cadences qu'Aerolia devra réussir sa profonde mutation. «50.000m² de notre site vont devoir accueillir de nouvelles activités. Et il faudra toujours livrer dans les temps nos clients. Voilà le challenge!», résume Arnaud Mayer. Un défi de taille, à mille lieues des inquiétudes émises en 2008 sur la pérennité du site. Depuis, Aerolia a créé 600 emplois.
Premier fabricant français d'aérostructures, Aerolia va investir cent millions d'euros dans les cinq ans dans son usine nazairienne. Ce plan de développement prévoit l'arrivée de nouvelles activités tandis que d'autres seront externalisées.