C'est sans aucun doute le projet immobilier le plus ambitieux sur le plan environnemental en Loire-Atlantique. Visant le «zéro pollution» et l'autarcie énergétique, le futur siège social de la société d'intérim Abalone est en cours de construction à Saint-Herblain et devrait être opérationnel en septembre. Ce projet de bâtiment de 1.500m² vient d'être récompensé par un trophée des économies d'énergies. Reste que de nombreuses barrières se sont dressées et se dressent encore sur son chemin. La production d'énergie et les caractéristiques techniques du bâtiment ne posent plus aujourd'hui de soucis. Le bâtiment «est conçu pour garder la chaleur le plus possible. Sa production énergétique est assurée par des panneaux solaires, des éoliennes ou un puits canadien. Réaliser la jonction entre ces différentes formes d'énergies renouvelables n'a pas été aussi simple à réaliser que cela», témoigne l'architecte couëronnais Jean-Luc Cousin. Si la production énergétique du bâtiment couvre ses besoins de consommation, son stockage s'avère en revanche être un vrai casse-tête.
«Ils s'en foutent!»
«Scientifiquement, on a trouvé la solution avec la pile à hydrogène qui fonctionne comme une batterie. Mais, juridiquement, nous n'avons pas le droit de produire de l'hydrogène dans les quantités dont nous avons besoin, sous peine d'être classé Seveso. Résultat: nous devons nous raccorder à EDF, ce qui n'était pas dans nos plans au départ», explique François-Xavier Moutel, P-dg d'Abalone, visiblement agacé par l'immobilisme de l'administration et l'absence de soutien des hommes politiques locaux. «Ils s'en foutent!», s'insurge même le chef d'entreprise qui étudie diverses solutions sur le plan juridique. François-Xavier Moutel n'épargne pas non plus les banques: «Il faut voir les taux que mon banquier m'a proposés, alors que j'étais client depuis des années avec un niveau de rentabilité dans la fourchette haute de ma profession». Convaincre, quand on sort des sentiers battus, semble loin d'être une sinécure. Et pourtant, comme l'affirme le skipper Raphaël Dinelli, très en pointe sur les questions de développement durable, «un précurseur, pour faire bouger les choses, n'a pas d'autres choix que de rassembler». Finalement, «grâce à la BNP», le financement du projet -un investissement d'un peu moins de 5M€-est bien assuré. Le surcoûtpar rapport à un bâtiment classique, François-Xavier Moutel ne le chiffre pas encore. «Mais cela va s'équilibrer dans le temps car nous n'aurons aucune facture d'énergie à payer», assure le P-dg.
Brevets «interdits»
Mais le plus fou dans cette histoire, c'est que l'entrepreneur nantais ne compte même pas tirer profit des innovations de son futur bâtiment en termes de business: «On a investi 800.000€ dans des études sur l'énergie. Mais je m'interdis de déposer un quelconque brevet sur ce que nous allons faire. Il faut que cela soit dans le domaine public. Tout est à votre disposition. Venez prendre des idées à Saint-Herblain! Moi, je fais ça pour ma planète!».
Un bâtiment qui tend vers le «zéro pollution». L'idée folle de François-Xavier Moutel, P-dg d'Abalone, est en train de devenir réalité à Saint-Herblain. Scientifiquement et économiquement faisable, le projet se heurte toutefois à de nombreuses barrières.