Morbihan

Conjoncture

Coronavirus : un dispositif inédit pour soutenir les entreprises du Morbihan

Par Nicolas Rousseau, le 11 mars 2020

Réunion inédite à la Préfecture du Morbihan le 11 mars. Face à la crise liée à l’épidémie de coronavirus, le préfet Patrice Faure a convoqué services de l’État et représentants professionnels pour rappeler les mesures mises en place pour soutenir l’économie et les entreprises du territoire. Afin d'informer le plus grand nombre, la réunion était retransmise en direct via Facebook.

Charpentier couvreur travaillant sur une ossature bois.
Réunis face au préfet du Morbihan le 11 mars, les représentants du bâtiment ont confié leur crainte d'un "effet décalé" de l'épidémie de coronavirus sur leur secteur. — Photo : Capeb

« Freiner la diffusion du virus sans ralentir l’activité économique. » Tel était l’enjeu de la réunion convoquée le 11 mars par Patrice Faure, préfet du Morbihan, à Vannes, autour des mesures mises en place pour soutenir l’économie et les entreprises du territoire confrontées à l’épidémie du coronavirus Covid-19. Une réunion doublement inédite, dans sa forme et par la qualité des participants.

Le préfet a en effet choisi les réseaux sociaux, en l’occurrence une diffusion en direct via Facebook, pour permettre au plus grand nombre d’assister aux échanges. La vidéo a ainsi attiré plus de 2 000 visiteurs au pic de la diffusion. Cette initiative doit être reconduite à l’occasion de réunions thématiques régulières, en lien avec l’épidémie.

Services de l’État et fédérations professionnelles mobilisés

Patrice Faure a appelé à ses côtés les représentants de différents services publics de l’État, notamment Claire Muzellec Kabouche, directrice de la délégation départementale du Morbihan de l’Agence régionale de Santé, afin de faire un point précis sur la crise sanitaire. Surtout, il avait convoqué les représentants de la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi), de la DDFIP (Direction départementale des Finances publiques), de l’Urssaf, de Pôle Emploi ou encore de la Banque de France et de Bpifrance.

Face à eux, les représentants des principales unions et fédérations professionnelles du Morbihan : celles du secteur bancaire, du Medef, du bâtiment, des métiers et des industries de l’hôtellerie, du tourisme et de l’agriculture.

Aux acteurs économiques, Patrice Faure a d’abord rappelé les mesures immédiates mises en œuvre par le gouvernement à destination des entreprises face à l’épidémie. Parmi ces mesures, des délais de paiement d’échéances sociales et/ou fiscales, un soutien de l’État et de la Banque de France, via la médiation du crédit, pour négocier un rééchelonnement des crédits bancaires ou encore le maintien de l’emploi dans les entreprises par le dispositif de chômage partiel simplifié et renforcé.

Prêts garantis à 70 % par Bpifrance

Ces mesures pourront s’avérer indispensables dans le Morbihan, premier département breton touché par l’épidémie. Selon Jean-Luc Chaussivert, directeur départemental de la Banque de France, un tiers des entreprises du territoire s’attendent à un impact du virus sur leur activité, contre une sur cinq à l’échelle régionale.

Il appelle donc les chefs d’entreprise à prendre contact avec ses services, pour établir des diagnostics précis et éventuellement recourir à la médiation du crédit. Du côté de Bpifrance, la garantie des prêts bancaires supérieurs à deux ans est portée à 70 %, ceux notamment contractés par les entreprises dans le cadre du financement de leur trésorerie.

Facilitation de l’activité partielle

Du côté de la Direccte, les équipes sont notamment attachées aux dispositifs d’activité partielle (suspension renouvelable du contrat de travail pour une durée déterminée). Depuis le début de l’épidémie, 130 dossiers lui sont parvenus et ont été instruits. « Plus de 70 émanent d’entreprises des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, du spectacle et des activités de traiteur. Les demandes sont généralement traitées en 24 heures », rappelle le représentant départemental. Quant à l’allocation de 7,74 € perçue par l’employeur pour une entreprise de moins de 250 salariés par heure chômée par salarié, elle devrait rapidement être portée à 8,05 €.

Examen attentif des dettes fiscales

Également mobilisées, les équipes des Finances publiques départementales ont reçu pour consigne « d’étudier avec bienveillance les demandes d’entreprises durablement impactées en matière de paiement de leurs dettes fiscales ». Peuvent notamment être accordés des délais de paiement des acomptes sur l’impôt sur les sociétés. Les entreprises doivent alors prendre contact avec les services des impôts des entreprises (SIE) référents.

Concernant les plans de règlement en cours, un report des échéances peut être accordé. Pour le remboursement de crédit de TVA ou de crédit d’impôt, le SIE évalue les situations au cas par cas. Enfin, certaines démarches sont possibles via l’espace professionnel en ligne, notamment celles relatives aux acomptes contemporains ou à une demande d’étalement de la dette fiscale.

Report des cotisations auprès de l’Urssaf

L’Urssaf a activé un dispositif spécifique pour les entreprises touchées. Invitées à signaler leurs difficultés, elles peuvent prétendre à un report ou un échelonnement du paiement de leurs cotisations et bénéficier d’une remise et d’un échelonnement d’éventuelles pénalités de retard. Pour les indépendants, les services de l’Urssaf peuvent procéder à un recalcul des cotisations au regard de l’activité réelle.

Les acteurs bancaires s’adaptent

Partenaires étroits des entreprises, les banques sont en première ligne face au virus. Thierry Kerjouan, directeur général adjoint du Crédit Agricole du Morbihan, a appelé chacun à la vigilance « pour que la crise sanitaire ne devienne pas économique ». Chaque agence bancaire doit recenser les entreprises en difficulté et leur apporter une réponse adaptée. Certaines pourraient bénéficier de report d’échéances, de suspension de remboursement, de remise de pénalités ou d’octroi de prêt à moyen terme.

Pour le Medef, il faut « aller plus loin »

Face aux conséquences à moyen et long termes de l’épidémie, les représentants professionnels ont fait part de leurs craintes. Président de la CCI du Morbihan, Pierre Montel en a pointé les premiers effets dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et la restauration. Surtout, il a alerté le préfet quant « à la situation d’entreprises en difficulté qui n’oseraient pas se signaler aux services de l’État ». Surtout, il a pointé les limites des mesures annoncées si le dispositif ne s’adapte pas à toutes les entreprises. Le Medef du Morbihan, lui, a appelé à « aller plus loin », notamment dans les annulations à court terme de charges sociales.

« Un effet décalé » dans le bâtiment

Selon leur secteur, certaines entreprises ne devraient pas ressentir les effets de l’épidémie dans le même calendrier. Le monde agricole semble ainsi plutôt épargné, note la Chambre départementale d’agriculture, alors que l’industrie agroalimentaire fait déjà face à un ralentissement des exportations et que les stocks de lait augmentent. De son côté, Marie-Laure Le Priol, présidente de la Fédération départementale du bâtiment, redoute « un effet décalé » de la crise et insiste sur l’accompagnement nécessaire des entreprises. La Capeb du Morbihan appelle de son côté à « un juste équilibre entre principe de précaution et maintien raisonnable de l’activité ».

L’hôtellerie et la restauration sinistrées

Touchés de plein fouet, les métiers et des industries de l’hôtellerie n’ont pas caché leur inquiétude : le représentant de l’UMIH a pointé les annulations en cascade et les recrutements de saisonniers très compliqués. Tant dans l’hôtellerie (baisse de 70 % de l’activité) que dans la restauration (activité en chute de 30 % à 40 %), les professionnels « sont en danger », appelant le classement de certains secteurs en « zone sinistrée », afin d’espérer une indemnisation. C’est justement contre « la sinistrose » que Patrice Faure a finalement invité chacun à lutter, seul remède « pour assurer la continuité de l’activité ».

Charpentier couvreur travaillant sur une ossature bois.
Réunis face au préfet du Morbihan le 11 mars, les représentants du bâtiment ont confié leur crainte d'un "effet décalé" de l'épidémie de coronavirus sur leur secteur. — Photo : Capeb

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