Moselle

Logistique

Entrepôt logistique géant : qui va s'installer au sud de Metz ?

Par Jonathan Nenich, le 13 décembre 2018

Tout a été raconté sur le projet hors normes qui doit atterrir sur l’ancienne base aérienne de Metz-Frescaty : une plateforme logistique vaste comme 26 terrains de football. Développé par la société Argan, une foncière spécialisée dans la logistique, le « projet delta » reste entouré de mystères : 3 000, 2 000 emplois ou des robots ? Un groupement d'entreprises ou Amazon pour exploiter le site ? Quatre questions pour faire le tour du dossier.

Amazon-plateforme logistique-plateau de Frescaty
Si le nom d'Amazon est accroché à toutes les lèvres, le géant américain est encore loin d'être arrivé sur le plateau de Frescaty. — Photo : Amazon

1 - Que sait-on de ce projet logistique colossal ?

Un projet d’envergure s’apprête à voir le jour sur le territoire de la commune d’Augny (Moselle) au cœur de la zone d’activités concertées (ZAC), située sur la pointe sud du plateau de Frescaty. L’implantation d’une base logistique colossale : d’une surface au sol de 54 000 mètres carrés pour 185 331 mètres carrés de plancher dont 177 000 mètres carrés d’entrepôts et plus de 8 000 mètres carrés de bureaux, sur un terrain de 19 hectares ne fait plus beaucoup de doute. Auprès de la Mission Régionale d’autorité environnementale (MRAE), Argan, foncière française spécialisée en développement et location de plateformes logistiques, a sollicité l’autorisation de construire et d’exploiter un bâtiment logistique sur le terrain de l’ancienne base aérienne 128 de Frescaty, fermée depuis 2012. Argan, basé en Seine-Saint-Denis, qui dispose de 59 plateformes premium pour une superficie totale de 1 600 000 mètres carrés, a donné un mandat à Virtuo Industrial Property pour que le spécialiste du développement de projets immobiliers logistiques lui propose un bâtiment clé en mains. Le projet prévoit aussi un parking de 48 000 mètres carrés, 62 quais poids lourds sur les façades nord et est du bâtiment, des espaces verts ainsi que des bassins de stockage des eaux pluviales et des eaux d’extinction incendie.

2 - Qui serait le ou les preneurs ?

Dans les documents étudiés par les services de l’État, le preneur est désigné comme « un professionnel du chargement ou de la logistique ». Un nom revient avec insistance : celui d’Amazon. Très largement relayé dans la presse locale, il est impossible d’affirmer avec certitude que c’est bien le géant américain qui va exploiter le bâtiment. « Nous n’avons à ce jour aucune connaissance officielle quant à l’identité de la structure qui va occuper les lieux. Ça pourrait tout à fait être un groupement d’entreprises », affirme Henri Hasser, maire du Ban-Saint-Martin et signataire de la clause de confidentialité liée au dossier. « Il y a la culture du secret dans le monde des affaires », ajoute Thierry Hory, maire de Marly. Selon les élus, le plus important n’est pas tant l’identité de l’exploitant que la perspective de développement économique pour le territoire. « Notre rôle est de permettre que le bâtiment puisse se faire. La Métropole se doit de créer les conditions d’accueil pour un tel projet industriel pour créer de la vie économique », poursuit Henri Hasser. Voilà pourquoi le conseil de Metz Métropole a approuvé à une large majorité la création de la ZAC. Dominique Gros, le maire de Metz, a pourtant prononcé le mot tabou « Amazon » lors de ce même conseil. Le secret serait-il de polichinelle ? Le service communication d’Amazon a refusé de s’entretenir sur le sujet. Et Jean-Luc Bohl, président de Metz Métropole balaie le sujet en une phrase péremptoire : « Amazon ? Jamais entendu parler »

3 - Combien d'emplois pourraient-être créés ?

Il a d’abord été question de 2 000 emplois à pourvoir, puis, le chiffre de 3 000 emplois est sorti. Une augmentation de 50 % qui pose question. Le bâtiment est conçu de façon à pouvoir accueillir simultanément 820 salariés. Le fonctionnement des postes en 3 fois 8 heures, du lundi au vendredi ne permet pas d’atteindre les 3 000 emplois, sur un territoire qui compte 21 000 chômeurs. « 2 100 casiers sont prévus pour le personnel », affirme Henri Hasser. Une version confirmée par Thierry Hory, qui estime également que la création de 2 000 emplois semble plus proche de la réalité. De l’avis des experts de la logistique, les chiffres des emplois créés sont très largement surévalués : le projet prévoit en effet d’exploiter trois niveaux du bâtiment sans aucune présence humaine. « Les marchandises sont sorties des espaces de stockage P2 à P4 par les robots et convoyées jusqu’aux postes de travail des opérateurs situés en périphérie », précisent les documents étudiés par les services de l’État. C’est une tendance lourde : les entrepôts du futur ne seront pas pleins d’employés, mais de robots. Aujourd’hui, les plus grosses plateformes logistiques en France emploient moins de 1 000 salariés. Amazon en emploie 7 500 personnes en CDI sur le territoire français, essentiellement réparties sur 6 plateformes logistiques. Un maire, celui de Chartres, Jean-Pierre Gorges, a décidé de dire non à des milliers d'emplois. C’est au printemps 2018 que l’élu a rejeté un projet étrangement similaire à celui de Metz : une plateforme logistique sur un terrain de 20 ha bien desservi par les axes autoroutiers, devant créer 2 000 emplois. Jean-Pierre Gorges croit au « développement endogène » et estime que ces « emplois non qualifiés, faiblement payés et travaillant en 3×8 », sont menacés par la robotisation.

4 - Est-ce que cette nouvelle implantation serait cohérente avec la stratégie d’Amazon ?

En France, le géant mondial du e-commerce cherche à écraser la concurrence : depuis 2010, la société de Jeff Bezos a investi 2 milliards d’euros, notamment pour mailler le territoire via un réseau comprenant six centres de distribution, pour un total de 500 000 m². Un coup d’œil sur une carte suffit à comprendre que le maillage n’est pas complet : les implantations d’Amazon en France s’articulent autour d’une ligne allant de Lille à Marseille, avec un point très dense en région parisienne. Mais des métropoles comme Nantes ou Bordeaux ne sont pas encore bien desservies. La logique d’une implantation entre Paris et Strasbourg pourrait donc se trouver dans la possibilité de desservir une vaste zone transfrontalière, comprenant notamment le Luxembourg et ses 600 000 habitants. La dernière plateforme Amazon, basée à Brétigny-sur-Orge dans l’Essonne, devait faire 142 000 m², et devenir la plus grande de France : cet été, le permis pour le deuxième bâtiment de 47 000 m² a été annulé. Au profit d’un autre site ? L’objectif de cette implantation était de livrer Paris toujours plus rapidement. Brétigny sera le premier entrepôt équipé avec des robots, qui opèrent dans les zones de stockage et de prélèvement : ces engins préparent les commandes plus rapidement (moins de 20 minutes) et permettent d’augmenter la capacité de stockage dans les entrepôts de 50 %, selon un modèle mis au point dans un entrepôt au nord de Londres, à Dunstable. L’enjeu pour Amazon est de maîtriser la chaîne logistique jusqu’au consommateur, afin de pouvoir livrer toujours plus vite. S’il y a encore quelques années en arrière, le géant américain proposait la livraison en J + 1, il semble à présent qu’il veuille généraliser la livraison le jour même sur tout le territoire. Un défi qui implique de stocker plus, d’où les investissements sur les mètres carrés logistiques, d’aller plus vite pour préparer les commandes, d’où la robotisation, et enfin de faire moins kilomètres jusqu’au consommateur, d’où l’ouverture d’agences de livraison. Après avoir écrasé le e-commerce mondial, Amazon s’attaque maintenant au transport.

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Si le nom d'Amazon est accroché à toutes les lèvres, le géant américain est encore loin d'être arrivé sur le plateau de Frescaty. — Photo : Amazon

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