Côtes-d'Armor

Aéronautique

Interview Pierre-Emmanuel Kohler : « Blanc Aéro Technologies doit se diversifier à nouveau »

Entretien avec Pierre-Emmanuel Kohler, directeur de la société Blanc Aéro Technologies

Propos recueillis par Julien Uguet - 02 février 2021

Touchée de plein fouet par la crise du secteur aéronautique, la société Blanc Aéro Technologies à Plérin prévoit un recul de son activité proche de 30 % en 2021. Pour se relancer, la filiale du groupe Lisi Aérospace se restructure et se diversifie. Entretien avec le directeur Pierre-Emmanuel Kohler.

Jean-François Lossois, responsable des ressources humaines, et Pierre-Emmanuel Kohler, directeur de l'usine Blanc Aéro Technologies à Plérin.
Jean-François Lossois, responsable des ressources humaines, et Pierre-Emmanuel Kohler, directeur de l'usine Blanc Aéro Technologies à Plérin. — Photo : @DR

De quelle manière la crise du Covid-19 impacte vos activités ?

En février dernier, l’année 2020 s’annonçait comme l’une des meilleures depuis longtemps, avec une prévision de chiffre d’affaires de 16 millions d’euros après 14,5 millions d’euros en 2019. Et puis le Covid-19 est arrivé et a tout mis à l’arrêt. D’abord en interne, avec une mise en sécurité de nos personnels, puis chez nos clients, notamment ceux de l’aéronautique qui représentent 50 % de notre activité. Rapidement, nos équipes ont repris le travail selon un protocole sanitaire strict toujours en vigueur.

Et chez vos clients ?

Les perspectives de marchés sont apparues comme problématiques en mars-avril 2020. Nos grands donneurs d’ordre, comme Safran et Airbus, nous ont annoncé qu’ils allaient réduire la voilure car le marché aéronautique était cloué au sol. Moins de maintenance, moins de nouveaux avions donc, automatiquement, moins de pièces détachées, comme les vis et écrous techniques que nous produisons sur le site de Plérin. Le premier enjeu a été de discuter la livraison et le paiement du travail réalisé et qui devait être livré en 2020. Les discussions ont été âpres mais un terrain d’entente a été trouvé partout. Nous avons, pour y arriver, pu compter sur le soutien du groupe Lisi Aérospace qui a confirmé que l’usine des Côtes-d’Armor était une unité stratégique.

Comment voyez-vous les prochains mois ?

Avec l’effet d’inertie propre à notre secteur, nous entrons dans la période difficile. En effet, à mesure que le trafic aérien repart, nos clients piochent dans leurs stocks accumulés et commandent moins de pièces. De 10 000 vis, on passe à 1 000 vis avec des conséquences directes sur la chaîne des sous-traitants. Après un recul de 20 % du chiffre d’affaires en 2020, qui s’établira à 12 millions d’euros, nous anticipons une nouvelle baisse de 30 % en 2021 pour atterrir autour de 9 millions d’euros.

Quelles mesures avez-vous prises pour minimiser le choc ?

La première décision a été de procéder à une restructuration sociale. Pour traverser cette crise, qui s’annonce longue, il était nécessaire de redimensionner nos effectifs. Nous avons débuté par les intérimaires et les CDD mais, dès l’été 2020, la direction et le service des ressources humaines, dirigé par Jean-François Lossois, ont ouvert avec les partenaires sociaux des discussions pour la mise en place d’une procédure de rupture conventionnelle collective. Un accord a été trouvé pour ramener l’effectif CDI autour de 100 postes, contre 120 au début de l'année 2020. Il a aussi permis de conserver un climat social sain dans l’entreprise et des compétences humaines pour demain.

« L'horizon d'un retour à la normale se situe aujourd'hui entre 2026 et 2027 »

La diversification sera-t-elle aussi un enjeu ?

C’est même une nécessité stratégique et un défi qu’a déjà relevé le site de Plérin plusieurs fois. Il y a 10 ans, la crise de la Formule 1 avait lourdement impacté l’usine. Elle avait perdu du jour au lendemain 50 % du chiffre d’affaires et plus d’une quarantaine de salariés avait été licenciés. Toutefois, elle avait su rebondir en décidant de mixer ses activités autour de l’aéronautique, du racing et de l’automobile haut de gamme. Nos produits, qui résistent à des conditions extrêmes de températures, de torsion ou de corrosion, peuvent s’inscrire rapidement dans de nouveaux marchés comme le naval, le spatial, l’éolien, etc. L’enjeu de 2021, avec le soutien du groupe, va être de démarcher ces secteurs où des sous-traitants sont déjà en place mais auxquels Blanc Aéro Technologies peut offrir une véritable valeur ajoutée. Le redémarrage de l’aéronautique prendra du temps, mais le secteur recommencera à croître, je n’ai aucun doute.

Le groupe Lisi accompagne d’ailleurs ces projets avec des investissements matériels ?

Effectivement et cela démontre bien que l’usine de Plérin dispose d’un savoir-faire unique qui sera stratégique lors de la reprise. Alors certes, l’enveloppe n’est pas de l’ordre du million annuel, comme par le passé, mais en 2021 un peu plus de 300 000 euros seront investis. Nous allons également travailler sur de nouvelles qualifications métiers nécessaires pour entrer sur de nouveaux marchés. D’ici 12 mois, les premiers effets significatifs sur notre activité devraient voir le jour.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Si aucune autre crise sanitaire aussi brutale que celle-ci pour l’économie ne survient, nous avons une vision plutôt claire de la reprise dans l’aéronautique. Le retour aux niveaux d’activités de 2019 ne s’effectuera pas avant 2026 ou 2027. À nous, dans cet entre-temps, d’aller chercher du chiffre d’affaires additionnel et durable sur d’autres marchés.

Jean-François Lossois, responsable des ressources humaines, et Pierre-Emmanuel Kohler, directeur de l'usine Blanc Aéro Technologies à Plérin.
Jean-François Lossois, responsable des ressources humaines, et Pierre-Emmanuel Kohler, directeur de l'usine Blanc Aéro Technologies à Plérin. — Photo : @DR

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