Côtes-d'Armor

Transport

Interview Coronavirus – Groupe Garnier : « Je suis bluffé par l’intelligence collective dont fait preuve toute l’entreprise »

Entretien avec Nicolas Garnier, PDG du groupe de transport-logistique Garnier

Propos recueillis par Julien Uguet - 07 avril 2020

Patron du Groupe Garnier à Loudéac, en Côtes-d’Armor (115 M€ de chiffre d'affaires), Nicolas Garnier a su compter sur une mobilisation collective de ses 1 075 salariés pour maintenir ses activités de transport de marchandises, de logistique et de conditionnement, extrêmement chamboulées par la crise du Covid-19.

Nicolas Garnier, patron du groupe Garnier à Loudéac, en compagnie du fondateur, Marcel Garnier. (Photo d'archives)
Nicolas Garnier, patron du groupe Garnier à Loudéac, en compagnie du fondateur, Marcel Garnier. (Photo d'archives) — Photo : @DR

Comment se sont déroulées ces premières semaines d’activité sous confinement dans votre entreprise de transport, logistique et conditionnement ?

Nicolas Garnier : Rien n’est simple car notre secteur présente la particularité de subir la situation sans pouvoir s’arrêter puisque le transport est un maillon économique essentiel dans la crise actuelle. On ne pilote pas grand-chose. Notre quotidien est d’adapter notre outil et notre logistique afin de répondre le mieux possible à la demande. Aujourd’hui, nous assistons à un recul sans précédent de nos activités. Si je prends celle de notre filiale GLT à Ancenis, en Loire-Atlantique, son chiffre d’affaires baisse de 65 %. C’est une situation que nous n’avons jamais connue.

Comment s’est organisée l’entreprise en interne ?

Nicolas Garnier : La gestion sociale a été l’une des trois priorités du Groupe Garnier avec la communication interne/externe et l’organisation de l’activité en lien avec la situation actuelle. L’entreprise s’est organisée autour d’un groupe de travail qui regroupe la direction et quelques élus représentants du personnel. L’objectif est de travailler main dans la main, et de manière très réactive, afin d’affronter ensemble cette situation inédite. Ce n’est pas un lieu de négociation mais un lieu de réflexion collective et de construction de solutions communes.

Comment caractériseriez-vous l’attitude de vos collaborateurs ?

Nicolas Garnier : J’ai été bluffé par l’intelligence collective mise en place. Les 1 075 salariés du groupe Garnier sont à la hauteur des enjeux malgré un contexte angoissant pour tout le monde. Cette attitude responsable est sûrement l’héritage du fonctionnement social relativement simple de notre société depuis 50 ans, mis en place par mon père, Marcel Garnier. Nous avons tous le sentiment de participer à un devoir de solidarité nationale pour que la machine ne s’arrête pas. Il n’y a qu’à prendre l’exemple de 850 chauffeurs de la société qui ont été malmenés la première semaine du fait de comportements scandaleux. Alors qu’ils respectaient les gestes barrières, on les a traités comme des pestiférés en ne leur donnant pas accès à des toilettes ou à des zones de repas. Ils auraient pu baisser les bras. Ils ne l’ont pas fait, comme tous leurs homologues du secteur des transports, où les termes de solidarité et de fierté ne sont pas des vains mots. La situation est en cours d'amélioration.

Et quelle est la situation économique de l’entreprise ?

Nicolas Garnier : Dans le contexte actuel, le but est de limiter les pertes puisque, même si nos camions roulent, ils roulent moins et plus souvent à vide. C’est ma responsabilité individuelle de chef d’entreprise de lancer toutes les solutions pour reporter des charges, envisager les conditions de l’activité partielle, mettre en place du télétravail, aller chercher des lignes de trésorerie chez les banques, etc. Mais sur ces sujets aussi, nous sommes dans un échange transparent avec les salariés, car nous sommes tous dans ce même bateau qui navigue à vue. Je me suis insurgé quand le ministre Bruno Le Maire a proposé de verser une prime de 1 000 euros aux salariés en seconde ligne, derrière les soignants. En tant que dirigeant, on hérite de cette communication hasardeuse et on perd un temps fou à réaliser des explications de texte en interne vers les salariés. L’État parle de gratification alors que l’on perd de l’argent à chaque tour de roues. Alors comment voulez-vous, en plus, verser une prime ? Je ne suis pas contre le principe mais le timing n’est pas le bon. 

Nicolas Garnier, patron du groupe Garnier à Loudéac, en compagnie du fondateur, Marcel Garnier. (Photo d'archives)
Nicolas Garnier, patron du groupe Garnier à Loudéac, en compagnie du fondateur, Marcel Garnier. (Photo d'archives) — Photo : @DR

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