Rhône

Formation

Interview Bruno Bonnell : « Attention à ne pas brusquer l'EM Lyon, cette vieille dame de 150 ans »

Entretien avec Bruno Bonnell, président du conseil de surveillance d'EM Lyon

Propos recueillis par Audrey Henrion - 24 septembre 2019

Président du conseil de surveillance d’EM Lyon depuis mai 2012, Bruno Bonnell, par ailleurs député La République en Marche du Rhône, livre sa vision de l’école, ses transformations en cours, sa gouvernance. Une page pourrait se tourner pour ce fleuron académique régional, qui accueille 7 260 étudiants pour un chiffre d’affaires 2019 de plus de 100 millions d’euros : le 27 septembre se tiendra un conseil de surveillance en présence de nouveaux actionnaires, Qualium Investissement et Bpifrance. Et il y sera beaucoup question des projets du nouveau directeur général Tawhid Chtioui.

Le député et président du conseil de surveillance de l'EMlyon business school Bruno Bonnell
Bruno Bonnell, député LREM et président du Conseil de Surveillance de l'EM Lyon, lors de l'annonce de l'entrée de Qualium Investissement et Bpifrance au capital de l'école, le 13 juin 2019. — Photo : Audrey Henrion / JDE

Le Journal des Entreprises : Vous allez présider, le 27 septembre, le premier conseil de surveillance depuis l’arrivée de Qualium Investissement et Bpifrance au capital de l’école. Sera-t-il différent des autres ?

Bruno Bonnell : Pas du tout ! Ce conseil représente une gouvernance plutôt éclairée, qui connaît bien son sujet et va poser légitimement des questions, sans se contenter d’être une chambre d’enregistrement. La force, à EM Lyon, est sa gouvernance opérationnelle, qui fonctionne. Après 5, presque 6 ans de collaboration avec son directeur général Bernard Belletante, elle fonctionnait de façon automatisée. Avec son successeur Tawhid Chtioui et une nouvelle organisation du conseil de surveillance, il y a un petit réglage à apporter.

C’est-à-dire ?

B.B. : Par exemple, les nouveaux actionnaires d’EM Lyon, Qualium Investissement et Bpifrance, ne sont pas au courant du projet de fermeture du Silex, annoncé dans vos colonnes, par Tawhid Chtioui. De même, si on annonce l’ouverture de hub en Afrique, pourquoi pas. Mais je veux savoir si on en a parlé avec notre partenaire contractuel sur place. Si oui, aucun problème, avançons. Mais sinon, on n’annonce pas 10 hubs sans avoir notre partenaire de base dans la boucle.

Estimez-vous toutefois normal et logique que des décisions sont prises par le directoire, sans attendre un feu vert systématique du conseil de surveillance ?

B.B. : Le directoire expose une stratégie au Conseil de surveillance approuvée par les actionnaires. Tawhid Chtioui va présenter un plan 2019-2023 qu’on ne remettra pas en cause. Il n’y a pas de remise en question autoritaire du conseil de surveillance, mais si le plan ne marche pas, on demande des comptes.

« Attention à ne pas lancer tous les sujets en même temps. Il est important de partager avec ses collaborateurs, de faire adhérer au projet. »

Il y a une entreprise que je connais très bien, qui s’appelle Navya. Christophe Sapet a présenté un plan, il a été approuvé mais n’a pas fonctionné comme prévu. Et il est parti. C’est l’autorité des actionnaires qui fait loi.

Quel regard portez-vous sur les idées exprimées par Tawhid Chtioui ?

B.B. : Je fais partie de ceux qui l’ont recruté. Alors, évidemment, je pense qu’il a de bonnes idées. Il a l’enthousiasme de son nouveau poste, il veut changer les choses. Il a été recruté pour continuer la transformation réalisée formidablement par Bernard Belletante, tout en y mettant sa patte. Il bénéficie d’une cote de confiance et c’est dans cet esprit-là que l’on va aborder le conseil de surveillance.

Mais attention à ne pas lancer tous les sujets en même temps. Il est important de partager avec les collaborateurs, faire adhérer au projet. S’il y a une chose que je connais bien, ce sont les entreprises en très forte croissance. Il faut toujours mettre en adéquation ses moyens humains et financiers.

Que savez-vous de l’éventuel départ de Bernard Belletante, gérant de la SCI qui porte le Hub de Gerland, un tiers lieu où doivent se retrouver étudiants, entreprises et experts ?

B.B. : A l’heure où je vous parle, Bernard Belletante est toujours contractuellement engagé avec l’EM Lyon pour réussir le Hub. Je n’ai pas l’information de son départ. S’il partait, on serait dans une situation classique de nommer un nouveau responsable du projet. Je crois à la force de l’institution, il faut rester humble face à cette vieille dame de 150 ans qui a connu des dizaines de directeurs. Le mot-clé dans l’éducation, c’est « humilité ». Personne n’est irremplaçable, ni moi ni Bernard ni Tawhid.

Vous formiez, avec Bernard Belletante, un duo solide à la tête de l’école. Le regrettez-vous ?

B.B. : Le travail qu’à fait Bernard Belletante est exceptionnel. Quand je l’ai recruté, l’entreprise faisait 50 M€ de chiffre d’affaires et perdait 3 M€ par an. Désormais, elle enregistre plus de 100 M€ de chiffre d’affaires et gagne 3 M€. En termes d’image et de philosophie managériale, EM Lyon est passé d’école de management à « early makers ». Dans le prochain rapport de performance d’Equis, le certificateur mondial des écoles de commerce, elle est très bien notée. Je ne peux pas faire une interview sur l’avenir de l’école sans parler des racines très profondes qu’a plantées Bernard Belletante et que, modestement avec Emmanuel Imberton (ex-président de la CCI Lyon Métropole, actionnaire majoritaire de l’école, NDLR), nous avons accompagné de façon rigoureuse et avec beaucoup d’enthousiasme.

Quel regard portez-vous sur les premiers mois de Tawhid Chtioui ?

B.B. : Quand on recrute quelqu’un, on a la conviction qu’il va apporter sa propre personnalité. Ses prédécesseurs Patrick Molle, Philippe Courtier, Bernard Belletante, étaient différents. Je n’ai pas analysé la personnalité mais ses compétences académiques et ne suis ni surpris ni choqué par la rapidité de ses décisions. Mais l’EM Lyon a ses codes de gouvernance, des vitesses d’exécution qui ne sont pas celles d’un petit esquif.

« A la tête du tanker EM Lyon, il faut à la fois être rapide, mais aussi conscient que les coups de barre sont plus lents. »

Entre l’EM Maroc (où Tawhid Chtioui officiait avant sa nomination, NDLR), avec 4 ou 5 M€ de chiffre d’affaires, et le tanker EM Lyon, avec à bord des hommes et des femmes, de l’histoire, un ancrage, des relations institutionnelles, il y a un gap… Il faut à la fois être rapide, mais aussi conscient que les coups de barre sont plus lents. Dans ma carrière, je me suis suffisamment cassé les dents pour savoir qu’il faut que les organisations suivent. Ma plus grosse erreur chez Infogrames fut de ne pas expliquer les transformations du groupe. À l’époque j’avais 40 ans (comme un autre président…) et j’avançais. Mais je me suis pris le mur, car je n’avais pas assez communiqué.

Il y a le temps de la stratégie, de la gouvernance, mais la mise en alignement de tous les indicateurs de pilotage passe par le dialogue. Passionné de croissance, j’encourage la diversité les idées, mais je pense qu’il faut veiller à ce que l’exécution prenne en compte la structure telle qu’elle est aujourd’hui.

Le pacte d’actionnaires spécifie-t-il que la présidence du conseil de surveillance est attribuée à Qualium Investissement, entraînant de fait votre démission ?

B.B. : Absolument pas. Le pacte d’actionnaires dit que le droit de veto concernant le président du conseil est donné à l’investisseur. Mais ce n’est pas obligatoirement l’investisseur qui est président. Si demain ou après-demain je ne suis plus président d’EM Lyon, il y en aura un autre. Mais jusqu’à preuve du contraire, je suis bienveillant, mais présent.

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail