« Il s'agira du premier bateau propulsé à l'hydrogène exploité en France. Jusqu'ici, aucun n'a obtenu l'autorisation d'être utilisé pour le transport de personnes ou de marchandises », assure Bernard Minguet, le patron de Navalu.
La PME de 17 salariés construit actuellement le NavHybus. À Nantes, cette navette de 10 mètres de long transportera bientôt étudiants et citadins de part et d'autre de l'Erdre, entre Port Boyer et le Petit-Port, qui abrite les facultés de droit et de lettres. Dotée d'une autonomie d'une dizaine de jours, l'embarcation pourra accueillir 12 personnes et six vélos, à chaque fois, pour deux minutes de traversée.
En construction dans les ateliers de Navalu à Bouin depuis 2015, ce NavHybus doit être testé en juin, pour une livraison à la rentrée scolaire 2016. Son client s'appelle la Semitan, l'exploitant des transports en commun nantais. Avantage, de ce bateau électrique fonctionnant grâce à une pile à combustible avec réservoir d'hydrogène, il ne rejette pas de CO2 mais seulement de la vapeur d'eau.
« On veut démontrer qu'il s'agit d'une énergie d'avenir qui s'inscrira dans un large bouquet énergétique aux côtés des énergies éoliennes, solaires, etc., qu'on pourra déployer en milieu urbain, là où la pollution reste la plus élevée », explique Pierre-François Gérard, chargé de mission auprès de la direction de la Semitan.
Budget de 1,4 million d'euros
Celle-ci pilote le projet aux côtés de la Mission hydrogène (MH2), une association réunissant des industriels et des représentants du monde académiques. Outre Navalu, le consortium inclut Bureau Veritas, l'architecte Ship Studios, l'école d'ingénieurs Polytech Nantes, la société de conseil en ingénierie Matis Technologies ou encore le fournisseur de piles à combustible Symbio F-cell. Initialement positionné, le constructeur de bateaux Ruban Bleu s'est retiré. Au total, le projet NavHybus se chiffre à 1,4 million d'euros, dont des subventions de l'Ademe et de la Région.
Marché de niche européen
Un coup de pouce destiné à lancer une filière, pour qui NavHybus aura valeur de premier retour d'expérience. « L'objectif consiste à entrer en premier sur ce marché, qui représente une niche au niveau européen », annonce Bernard Minguet.
Réalisant déjà 55 % de ses ventes à l'international, le chantier naval entend continuer son expansion. Concepteur de navires en aluminium (jusqu'à 35 m de long), il livre des bateaux de travail pour la conchyliculture et l'ostréiculture, pour la maintenance des champs éoliens offshore ou le transport de passagers.
L'homologation « un parcours du combattant »
Reste à obtenir toutes les autorisations. « Il n'existe pas de réglementation pour les bateaux propulsés à l'hydrogène, pour l'instant. Qu'il s'agisse des normes indiquant comment l'hydrogène va être stocké, les protections requises, comment détecter les fuites, etc., on les élabore actuellement avec la commission centrale de la navigation », détaille Bernard Minguet.
Par ailleurs, le projet se heurte à un déluge de contraintes administratives. « On cravache pour obtenir une dérogation, en France et en Europe, afin d'élargir le transport à 25 personnes sans avoir besoin d'un second pilote dans la navette fluviale, ce qui est exigé aujourd'hui. Cela nous ouvrirait un vrai marché sur le continent, avec des emplois à la clef. Mais c'est un parcours du combattant ! »,tempête Pierre-François Gérard.