« Question économie de carburant et réduction des rejets CO2, on a connu une révolution ces dernières années », analyse Philippe Rautureau, patron du transporteur éponyme, qui emploie 130 salariés (14 M€ de CA) à Mortagne-sur-Sèvre, également propriétaire des transports LTC et ses 30 salariés en Anjou. Fondée en 1909, par son arrière-grand-père, sa PME possède un peu du recul...
Déjà 10 % de réduction
D'ici trois à cinq ans, les Transports Rautureau prévoient de diminuer de 15 % leurs rejets de dioxyde de carbone, comparés à l'année 2012. Une bonne partie du chemin a d'ailleurs déjà été parcourue. « Nos émissions ont reculé de 10 % », assure Philippe Rautureau. Prenez votre calculatrice : sur 10 millions de kilomètres au compteur chaque année, l'impact n'est pas anodin...
« En 2015, on a émis 67 tonnes de CO2 de moins qu'en 2013, sur environ 8.300 tonnes au total, tout en parcourant 420.000 km de plus ! », comptabilise le patron. Ces performances leurs ont valu de figurer parmi les premiers lauréats du label Objectif CO2, délivré par le ministère de l'Environnement et l'Ademe.
Boîtes de vitesses assistées par GPS
Pour rappel, en tant que transporteur de marchandises généraliste, Rautureau livre l'industrie et la grande distribution (Michelin, Atlantic, Gautier, Système U, Boulanger...), propose des services de location de véhicules avec chauffeurs ou de la logistique via 13.000 m² d'entrepôts à Mortagne et Cholet.
Le régime imposé à ses 83 véhicules, équipés d'environ 130 semi-remorques, provient notamment de l'arrivée des nouvelles motorisations aux normes européennes Euro V et Euro VI.
Mais aujourd'hui, c'est surtout l'objet connecté qui réduit l'estomac du camion. « On assiste à l'arrivée massive des technologies d'aide à la conduite, avec par exemple une boîte de vitesse automatique assistée par GPS », explique le directeur administratif et financier de la PME, Christian Pasquier. Il décrit : « l'outil reconnaît à l'avance la topographie de la route, si par exemple on s'approche d'une montée à 5 % dans deux kilomètres, il anticipe à quel moment changer de vitesse, pour éviter d'avoir à le faire en montée, pour éviter de multiplier les rapports... »
« La source d'économies la plus importante réside toutefois dans l'humain et la conduite de chacun », précise Philippe Rautureau, qui mise sur la formation.
Conseil adapté au chauffeur
Là encore, l'objet connecté donne un coup de pouce. « Un système télématique nous fournit un rapport de données sur la conduite de chaque salarié : consommation, allure du véhicule, changement de vitesse, jusqu'au nombre de coups de frein », ajoute le dirigeant. De quoi dresser le profil de chacun, en suggérant des pistes d'améliorations personnalisées. Un effort qui se paie, à hauteur de «500.000 euros sur trois ans, pour ajouter aux camions des équipements destinés à réduire la consommation, à améliorer la sécurité et le confort ».
Et carburer au gaz naturel ?
Pour continuer à avancer, la PME mise sur l'humain, mais envisage aussi de nouvelles pistes. « Avec une quinzaine de confrères de la région, on regarde de près les possibilités de rouler au gaz naturel. En lien ave GRDF et l'Ademe, on réfléchit par exemple à l'opportunité de lancer une station d'approvisionnement », confie le dirigeant des transports Rautureau.
« Sans réduction des consommations, je ne crois pas qu'on serait à l'équilibre »,
Dans un métier où « les transporteurs régionaux ne dégagent en général qu'entre 0 et 1 % de résultat net », dixit ce dernier, les gains en CO2 et carburant n'ont rien de négligeable. « Certes, la baisse du prix du pétrole ou encore le CICE nous ont aidés, mais sans cette réduction des consommations, je ne crois pas qu'on serait aujourd'hui à l'équilibre financier, on aurait perdu de l'argent », analyse-t-il.
Du CO2 dans les appels d'offre
Quid de l'empreinte carbone sur le business ? En interne, c'est un moyen « de ne pas parler uniquement de litres d'essence, mais de solliciter la fibre écologique des salariés ». Ses performances pourraient aussi lui ouvrir des appels d'offres. « La grande distribution et l'industrie veulent connaître l'état de notre parc, savoir si l'on a signé une charte environnementale... C'est un argument de plus », ajoute Philippe Rautureau.
Anticiper le retour d'une taxe carbone
Un vieux serpent de mer trotte enfin dans la tête du patron et de son DAF : le retour d'une taxe carbone. « Depuis 2013, les transporteurs doivent déclarer leurs émissions de CO2, trajet par trajet. Vu qu'on indique ça sur la facture... Il n'est pas improbable qu'on s'en serve pour ajouter une taxe », estime le chef d'entreprise. Au siège, le petit boîtier, prévu pour équiper les camions avant l'enterrement de la taxe, a été soigneusement conservé.