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Vendée : « Baudet investit pour attaquer le marché du logement »
Vendée # Industrie # Investissement

Vendée : « Baudet investit pour attaquer le marché du logement »

BIEN D'ÉQUIPEMENT A Mouchamps, le fabricant de salles de bains s'étend de 3.000 m² et attaque le logement social. Il a investit 1,5 million d'euros. Après un redressement et une bataille judiciaire entre actionnaires, Baudet repart donc de l'avant. Entretien avec son directeur général, Jean-Pierre Vergnaud.

Vous agrandissez votre usine à Mouchamps, où Baudet élabore des salles de bains préfabriquées en polyester. Pourquoi cette extension ?
Cette extension de 3.000 m² sera opérationnelle à la fin du mois de février. Il nous fallait augmenter la production, réorganiser les flux, mécaniser les processus. On a perdu de la compétitivité. L'ancien dirigeant n'avait pas investi un sou dans l'outil industriel. Et la Carsat nous imposait de faire des travaux pour améliorer les conditions de travail. L'investissement s'élève à 1,5 million d'euros tout compris.


Cet investissement a été rendu possible par une augmentation de capital effectuée par le président de Baudet SA, Didier Salavert. Opération bloquée pendant 18 mois par l'ancien P-dg et actionnaire Benoît Durand. Pourquoi ?
Il y avait une divergence de vue stratégique. Sans refaire toute l'histoire, de 1995 à 2005, Baudet était en croissance et profitable. En 2005, Benoît Durand, l'héritier de la maison mère Chantier Baudet à Saint-Nazaire, a repris la filiale. Il lance alors une stratégie internationale, via une politique de volume, avec un nombre limité de modèles de salles de bains polyester, essentiellement pour l'hôtellerie. Il impose un développement à marche forcée : création d'une usine à Boufféré, mais aussi en Chine, une filiale en Angleterre, au Benelux... L'entreprise s'est vue dimensionnée pour générer 30 millions d'euros de chiffre d'affaires. Le souci, c'est qu'il avait construit les usines avant d'avoir les clients. L'aventure se solde fin 2009, par un dépôt de bilan avec licenciement de 60 salariés sur 220. Après deux années de déficit, en 2008 et 2009, Baudet revient alors à l'équilibre en 2010. Actionnaire minoritaire, Didier Salavert décide fin 2011 de racheter les parts des petits porteurs et obtient 51 % du capital. Pour pérenniser Baudet, il propose un projet différent : recentrage de toute la production en Vendée, diversification produits, pose sur les chantiers... Benoît Durand, qui voulait continuer dans sa stratégie précédente, s'oppose alors à l'augmentation de capital. Après trois passages au tribunal, un accord a été trouvé et Didier Salavert a pu acheter ses parts fin 2013.


Quels sont vos nouveaux marchés ?
L'entreprise s'est diversifiée sur la santé - Ehpad et hôpitaux - qui représente 40 % de l'activité aujourd'hui. Baudet a ainsi livré 540 salles de bains pour un hôpital à Toulon avec Vinci et termine actuellement un chantier de 685 salles de bains en région parisienne... Depuis 2011, tous les grands projets d'hôpitaux, ont été réalisés par Baudet. Parallèlement, un premier chantier de 350 logements sociaux démarre en mars. Des débouchés qui s'ajoutent aux résidences universitaires et de loisirs (foyers de jeunes travailleurs, chalets, maison bois...) ou l'hôtellerie.


En quoi êtes-vous devenu un acteur du bâtiment ?
Baudet est devenu un opérateur du bâtiment, doté d'un service de travaux et pose, afin d'ajouter un service supplémentaire. On devient l'interlocuteur unique pour la fonction salle de bains, il n'y a plus quatre ou cinq corps d'états à coordonner. Des conducteurs de travaux et une vingtaine de monteurs ont été recrutés. Sur 6.500 salles de bains produites chaque année, on en pose aujourd'hui 4.500.


Comment avez-vous attaqué ces marchés ?
À mon arrivé en 2010, j'ai d'abord pris mon carnet de contacts et sollicité d'anciens collaborateurs qui travaillent aujourd'hui chez Bouygues, Vinci, Eiffage... L'obtention d'un avis technique du CSTB (ndlr : le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment), a aussi été vrai label de qualité de nos produits pour nous aider à convaincre les hôpitaux.


Quelle part de l'activité pourrait représenter le logement social à l'avenir ?
Plus de 20 % de notre chiffre d'affaires à trois ans.


Yves Cougnaud se lance aussi dans l'habitat. Allez-vous travailler ensemble ?
Nous en avons la volonté. On leur a déjà fourni des salles de bains pour une résidence de 200 logements destinée au site de l'Université Paris XIII, et qu'ils ont préfabriqué en Vendée.


Vous surfez sur la tendance à la préfabrication des maisons et immeubles ?
La préfabrication devient obligatoire, c'est vraiment le sens de l'histoire pour le bâtiment. De ce point de vue, la France a deux coups de retard sur des pays comme l'Angleterre. Là-bas, on construit selon la technique dite « poteaux poutres », puis on installe tous les équipements intérieurs en passant par les façades, puis les vêtures de l'immeuble. Certains programmes affichent des délais de chantier inférieurs de 30 % aux délais français. Le futur, c'est plus d'ingénierie pour moins d'improvisation sur chantier et une qualité constante et contrôlée.

Avez-vous d'autres diversifications en vue ?
Récemment, depuis la rentrée 2014, Baudet livre aussi des salles de bains multimatériaux : des parois en acier revêtu PVC, avec des finitions carrelées. Question débouchés, à l'avenir on ne s'interdit pas d'attaquer la navale, dont les exigences de précision sont redoutables. Pourquoi pas démarcher STX.


Cela va-t-il se traduire par des embauches en 2015 ?
Baudet devrait embaucher à partir de 2016. L'entreprise table sur 22 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année-là. Pour 2015, on anticipe une année stable. La crise du bâtiment nous frappe de plein fouet, mais nous gardons le cap. D'ici un an, on table sur une augmentation de 10 à 12 % de la productivité, de quoi passer de 3 % aujourd'hui à 5 % de résultat net chaque année.

Baudet SA (Mouchamps)

Président : Didier Salavert

140 salariés ; 20 M€ de CA

02 51 66 27 85

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