Les acteurs de la filière vinicole sont unanimes. Le millésime 2016 dans l'ouest du Val de Loire s'annonce gourmand, fruité, avec des arômes à foison. Du moins, pour ceux qui n'auront point trop souffert des aléas climatiques. C'est le verre à moitié vide de la campagne qui s'ouvre cet automne. Dans le Maine-et-Loire - qui compte 840 domaines indépendants employant autour de 2 200 salariés en cumulant les CDI et CDD liés à la saisonnalité de l'activité - comme dans la Sarthe, la plupart des vignobles d'appellations ont subi des pertes de récolte consécutives au gel intense de la fin avril. À l'époque, l'interprofession des vins de Loire, Interloire, évalue le déficit entre -20 % et -30 %, par rapport à une année normale. Il s'agit d'une moyenne. Comme souvent, elle masque des réalités bien disparates d'un secteur à l'autre. « Dans le bas Layon, du côté de Saint-Lambert-du-Lattay et Chaudefonds-sur-Layon notamment, certains ont gelé à 90 %. Alors que dans le sud du département, d'autres en sont sortis indemnes », rapporte Laurent Menestreau, président de la Fédération viticole d'Anjou Saumur.
Des secteurs inégalement touchés
« Des parcelles habituellement exposées au gel n'ont pas été impactées, et inversement. Certains parcellaires ont gelé à 30 %, d'autres à 80 % », observe Sandrine Pairel, oenologue du Groupement de Développement Viticole de la Sarthe, actif dans les appellations Jasnières et Coteaux-du-Loir. Avant récolte, elle s'attendait à des rendements diminués de moitié au regard de la moyenne des dernières années (voir encadré). Sept mois plus tard, les vendanges angevines se sont achevées avec les rouges et les liquoreux, et les coopérateurs sont soulagés. « Nous avons bénéficié d'une très belle fin d'été, avec juste ce qu'il faut de précipitations pour faire grossir les baies. Sur l'ensemble des Appellations d'origine protégée (AOP) que nous élaborons, la perte de volume n'excédera pas 10 % », assure Baptiste Fabre, responsable de la communication des Caves de la Loire à Brissac-Quincé qui regroupe 140 vignerons (100.000 hectolitres en 2015, 21,7 M€ de CA). Constat similaire chez Robert & Marcel, alias la Cave des vignerons de Saumur (173 vignerons, 105.000 hectolitres en 2015, 23,5 M€ de CA), autre acteur de poids dans le secteur sur le Maine-et-Loire. « C'est moins grave qu'annoncé, d'autant qu'en sus du gel, nous avons dû affronter le mildiou et un début de sécheresse en août. Toutefois, sans la pluie de début septembre, le déficit aurait avoisiné les -20 % », note François Boche, directeur de l'établissement. Des estimations corroborées par Interloire. À en croire l'interprofession, la production globale de Cabernet-d'Anjou, vin rosé emblématique, devrait ainsi s'établir à 300 000 hectolitres cette année, non loin des 330 000 hectolitres de 2015.
Dans la Sarthe, des volumes réduits de 60 %
Les vignerons en caves particulières des AOP Jasnières et Coteaux-du-Loir aimeraient pouvoir en dire autant... Le manque de raisin dans la Sarthe devrait être conforme aux prévisions, voire même supérieur. Même si toutes les déclarations de récolte n'ont pas encore été enregistrées, Sandrine Pairel évoque un chiffre de l'ordre de -60 %. À Interloire, pourtant, on refuse de tirer la sonnette d'alarme. Les cumuls de disponibilités de l'excellent millésime 2015 - en quantité et en qualité - en stock chez les opérateurs, conjugués à la qualité de la dernière vendange, devraient garantir la présence des vins de Loire sur l'ensemble des marchés en 2016-2017.
*AOC. L'appellation d'origine contrôlée (AOC) est un label français identifiant un produit dont les étapes de fabrication sont réalisées dans une même zone géographique et selon un savoir-faire reconnu. L'AOP étant le signe d'identification européen.