Télévisions en Morbihan : La fin d'une ère
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en Morbihan : La fin d'une ère

AUDIOVISUEL Ces dernières semaines, la filière audiovisuelle morbihannaise est mise à mal. D'abord avec l'avenir en suspens de Ty Télé et puis aussi avec le départ programmé de TV Breizh au printemps prochain.

Au même moment, 52 emplois de la filière audiovisuelle morbihannaise sont menacés. Une filière qui compte une centaine d'entreprises et 2.000 emplois, aussi bien dans l'image, le web et les nouvelles technologies. Si les sociétés de production à vocation btob ou orientées web résistent, le pan grand public de ce pôle image s'essouffle. Multiplicité des supports médias, fragmentation de l'audience et rationalisation des coûts ont raison du modèle économique des télévisions locales. Un modèle qui reste d'ailleurs encore à inventer.




TV Breizh, une fin pas si inattendue

Ce n'est pas une surprise pour tout le monde. TV Breizh doit quitter Lorient au printemps 2013. Fabrice Mollier, président de TF1 Thématiques est venu annoncer en personne l'arrêt du pôle de diffusion lorientais et le rapatriement des équipes à Boulogne-Billancourt. «C'est surprenant que cela n'ait pas été fait avant», remarque un acteur de la filière audiovisuelle. En effet, des rumeurs circulaient depuis 2003 et surtout 2005. D'abord avec la réduction des programmes en breton, puis petit à petit avec l'arrêt du journal télévisé. Aujourd'hui, TV Breizh était devenu le pôle de diffusion décentralisé pour cinq chaînes du groupe TF1: TV Breizh, Ushuaïa, Ushuaïa HD, Stylia et Histoire. «Ce qui a manqué à TV Breizh, c'est une fréquence TNT», indique un ancien salarié de TV Breizh, notant que le conseil supérieur de l'audiovisuel a refusé deux fois l'octroi d'une fréquence TNT à TV Breizh. «Cela aurait dopé l'audience et changé l'histoire de la chaîne», indique-t-on. Chaîne qui aurait peut-être pu passer outre son statut d'électron libre loin du périphérique parisien. «TF1 a raté le virage de la TNT», confirme un second commentateur. «Ses parts de marché s'érodent et continueront de s'éroder. Il n'y a plus d'intérêt pour elle de rester éditeur de programmes sur le satellite.» Créneau sur lequel TV Breizh est pourtant chaîne leader en terme d'audience. Malgré une grille quasi exclusive de rediffusion de séries américaines. «Le raisonnement industriel et technique de TF1 est une évidence. Dans ces temps de rationalisation budgétaire, il n'y avait plus aucune raison de garder le site de Lorient. Surtout que TF1 possède les mêmes outils techniques qu'à Lorient», poursuit cet observateur. Le site rapporte pourtant de l'argent à TF1. Affichant quatre millions d'euros de bénéfices en 2011 et une rentabilité de près de 17%.




10% de licenciements économiques

Sur les 33 personnes qu'emploie TV Breizh - auxquels il faut rajouter quatre CDD, quatre intermittents du spectacle et deux contrats de professionnalisation - le projet de réorganisation comprend 90% de mutations professionnelles et 10% de licenciements économiques. «TF1 oublie les 33 conjoints et les 45 enfants qui ont construit leur vie à Lorient», se désole Magali Lescure, déléguée du personnel de TV Breizh qui doit fixer les modalités de mobilité. En parallèle, elle travaille aussi sur toutes les hypothèses qui permettraient le maintien de TV Breizh à Lorient. «On nous parle de stratégie de TF1 de tout rapatrier à Paris.Or, nous sommes compétents et compétitifs», rappelle-t-elle. Avec des coûts salariaux plus bas qu'à Paris. Un argument qui joue aujourd'hui en faveur de l'équipe lorientaise alors que trop souvent il était avancé par la direction elle-même pour éviter toute augmentation.




Ty Télé fixée d'ici à fin 2012

Second coup porté à la filière audiovisuelle morbihannaise: l'avenir de Ty Télé. Placée en redressement judiciaire il y a un an, la chaîne dirigée par Anne Mulligan accuse 483.000euros de dettes. Bien que Ty Télé annonçait 204.700 téléspectateurs mensuels en 2011, la chaîne n'a jamais réussi à faire décoller la vente de ses espaces publicitaires. Un plan de continuation a été présenté par le propriétaire de Ty Télé, la chaîne Demain TV, présidée par Jean-Luc Nelle. Le plan prévoit l'étalement de la dette sur dix ans et le renforcement du capital de Ty Télé de 150.000euros, parvenant ainsi à 602.000euros. «Ainsi qu'un apport en compte-courant de 50.000euros», précise Anne Mulligan. Ces investissements sont possibles grâce à l'arrivée d'un nouvel actionnaire chez Demain TV. «Le propriétaire de Ma Chaîne Étudiante, une société parisienne d'investissement», poursuit Anne Mulligan. Ce plan de continuation prévoit également un projet éditorial nouveau impliquant les acteurs de la filière audiovisuelle morbihannaise et des relais nationaux avec Demain TV et Ma Chaîne Étudiante. Reste la possibilité d'un potentiel repreneur. En coulisses, le Medef Morbihan et certains business angels se sont mobilisés durant des mois pour organiser une reprise. Pour ne pas laisser mourir une chaîne locale que le Morbihan a tant attendue... «Quand on n'a pas de chaîne locale, on en veut une. Et quand on en a une, on est prêt à la laisser disparaître?», questionnait encore Jean Dumoulin, président du Medef Morbihan avant l'été. Le tribunal ne devrait pas rendre sa décision avant décembre.

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