Substances toxiques : Le piège de l'étanchéité
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Substances toxiques : Le piège de l'étanchéité

HABITAT La règlementation thermique 2012 s'appliquera à la fin du mois. Mais la course à l'étanchéité pour les constructions neuves est elle conciliable avec la lutte contre la pollution intérieure, très nocive pour la santé ?

«Avec l'arrivée du BBC 2013, de nouvelles pathologies vont apparaître en masse», affirme l'architecte vannetais Bernard Menguy. Ce discours alarmiste, c'est un professionnel du bâtiment qui le tient. Pointant là un des effets pervers des nouvelles exigences de la réglementation thermique 2012, qui entrera officiellement en vigueur le 28 octobre 2011. Car si limiter la consommation d'énergie primaire des bâtiments neufs à 50 kWatts/heure au mètre carré par an passe par une meilleure étanchéité des constructions, ne doit-on pas régler auparavant le problème de substances nocives présentes dans l'habitat?




Substances cancérigènes

Des substances carrément toxiques dans le cas de l'éther de glycol. On trouve des dérivés de cette famille de produits chimiques dans certaines peintures et vernis ainsi que dans les produits de nettoyage et de traitement des bois. Autre produit dangereux et même reconnu cancérigène: le formaldéhyde, mousse isolante également utilisée comme colle pour les meubles en mélaminé et contre-plaqué. Sans parler du radon ou des produits d'entretien... «Dans la commune où je vis, des constructions en bois ont été traitées sans aucune conscience de ce que ça pouvait générer», constate Thierry Maho, dirigeant du groupe Maho et président de la Fédération française du bâtiment du Morbihan. «Pourtant, la qualité de l'air et des matériaux utilisés étaient au programme du Grenelle. Et les professionnels du bâtiment ont été sensibilisés à cette problématique avec la loi amiante. Nous devons tenir compte de l'aspect santé.» Même s'ils ne le font pas tous encore systématiquement, les fabricants ont aujourd'hui l'obligation légale d'émettre des fiches sanitaires sur leurs produits. Pour Bernard Menguy, la prise en compte de la santé n'est d'ailleurs pas un surcoût : «Les matériaux plus sains ne coûtent pas plus cher, c'est une question de volonté de nos industriels. S'il n'y a pas de pathologies, ce sera autant d'économies pour la sécurité sociale.»




Nouveaux marchés

Ces problématiques permettent d'ailleurs l'émergence de nouveaux marchés. Des marchés sur lesquels la CCIT de Rennes est en veille puisqu'elle vient d'organiser une réunion sur le thème "Santé-Environnement: un business pour vous." Dans le Morbihan, des spécialistes comme PBH à Plescop ou Synthèse Eco Habitat à Locoal-Mendon commencent à faire parler d'eux. Pour Thierry Fleureux, co-gérant du cabinet Synthèse Eco Habitat, pas question d'ailleurs d'opposer prix, performance énergétique et santé. «Sur de la maison BBC, les constructeurs ne savent pas descendre en dessous de 1.500euros du mètre carré», prétend Thierry Fleureux «Nous, on y arrive sans difficultés. Nous venons de réceptionner à Ploemeur une maison BBC, avec des matériaux sains: brique, charpentes en pin douglas non traitées, ouate de cellulose. Il faut aussi tenir compte de la pollution électromagnétique. Et bien différencier le traitement de l'enveloppe, des murs, de la toiture et de l'aménagement intérieur.» Le talon d'Achille se situe souvent au niveau de la ventilation mécanique contrôlée (VMC). Pour Bernard Menguy, la ventilation double flux n'est même pas une réponse appropriée à la pollution de l'air intérieur. Mais l'architecte n'épargne pas non plus sa corporation: «Les architectes s'intéressent en priorité à l'objet architectural, à son esthétique, sa fonction. Ils ne se rendent pas compte qu'ils travaillent sur de la matière vivante.»

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