Les chantiers de Saint-Nazaire ont retrouvé des couleurs le mois dernier avec la découpe de la première tôle de l'Oasis, le futur plus gros paquebot du monde qui sera livré à RCI à la mi 2016. Si les bureaux d'études de STX tournent à plein régime, l'activité industrielle, elle, va reprendre progressivement. Un tiers des 2.200 salariés des chantiers nazairiens restant concernés par des mesures de chômage partiel, le retour à la normale dans les ateliers est prévu dans six mois. Signe de cette embellie, les chantiers recrutent même une cinquantaine d'ingénieurs et de techniciens.
Le groupe STX aux mains des banquiers
Pendant que l'on s'active à Penhouët, l'avenir du groupe coréen STX, lourdement endetté, se joue à Séoul. Les banques créancières, au premier rang desquelles la banque d'État KDB, injectent actuellement près de deux milliards de dollars dans STX Offshore and Shipbuilding, en échange d'actions. « Les banques sont en train de prendre le pouvoir », résume Laurent Castaing, directeur général de STX France. Mais ces changements capitalistiques à la tête de la maison mère des chantiers nazairiens ne font pas ressortir pour le moment, l'éventualité d'une vente de STX France. Après avoir cédé un de ses chantiers en Norvège, le groupe Coréen paraît surtout enclin à vendre son immense chantier chinois de Dalian, Saint-Nazaire ne représentant qu'un petit actif à l'échelle du groupe. Sur le marché du paquebot, STX France doit composer avec une demande assez faible. Les chantiers nazairiens espèrent surtout que RCI lèvera l'option, qui court jusqu'en mars prochain, pour un second Oasis. Car la réalisation du seul Oasis va se faire à perte pour STX France. Sur le marché de la croisière, les chantiers placeny surtout leurs espoirs dans MSC, leur client historique, qui porte le projet « Vista », une nouvelle série de paquebots moins longs mais plus larges que ceux réalisés jusqu'alors pour la compagnie italo-suisse.
Promesses des EMR
STX France est par ailleurs sur les rangs, avec deux à quatre autres chantiers internationaux, pour la construction de nouveaux ferries pour le compte de la SNCM. « On s'intéresse au dossier et on fait des propositions. Maintenant, le montage financier de la SNCM n'est pas encore bouclé », relativise le patron des chantiers de Saint-Nazaire.
Si l'Oasis représente le présent, STX place de gros espoirs dans les EMR (Énergies marines renouvelables). Dans ce domaine, les chantiers ont enregistré un premier succès commercial avec la commande d'une sous-station électrique offshore pour le Danois Dong Énergie, destinée à un champ d'éoliennes en Grande-Bretagne. Sur ce marché des éoliennes, STX se positionne également sur les fondations jackets. Le Nazairien indique avoir répondu à de nombreux appels d'offres et attend dans les prochains mois les résultats de ces démarches. « Nous sommes assez optimistes pour le développement de l'éolien offshore. À horizon 2015-2020, cette activité devrait représenter 20 à 25 % de l'activité du chantier. On se positionne d'emblée à l'international car en France les décisions qui permettent d'organiser la filière tardent à venir », déplore Laurent Castaing. Malgré cette inertie française, STX projette d'investir dans un nouvel atelier de roulage dédié aux EMR. Grâce notamment à ce nouveau marché, STX France entend repasser rapidement à un chiffre d'affaires de 600 à 700 millions d'euros, jugé « normal », dès 2015, après des exercices 2013 et 2014 qui devraient se solder autour de 500 millions d'euros.
Problème de compétitivité
Les coûts de production du chantier nazairien constituent cependant le point noir du moment après l'échec des négociations avec les syndicats pour la signature d'un accord de compétitivité. « La réalité aujourd'hui, c'est que nous avons un écart de 5 à 10 % avec nos concurrents étrangers qui, eux, ont signé des accords », note Christophe Mabit, DRH des chantiers nazairiens. Une problématique de coûts qui se répercutent chez les sous-traitants de STX France (lire page précédente), certains connaissant des difficultés. « Sur une cinquantaine de sous-traitants locaux réguliers, quatre ou cinq ont des difficultés. C'est vrai. Mais je crois que l'on est assez juste dans nos prix. Certains doivent faire des efforts dans leur organisation. Et certains sont aussi parfois mal gérés », se défend Laurent Castaing.
STX France
(Saint-Nazaire) Dg : Laurent Castaing 2.200 salariés CA : 740 M€ 02 51 10 91 00