«Si l'entreprise investit, son impôt doit être abaissé»

«Si l'entreprise investit, son impôt doit être abaissé»

Il tient la corde dans les sondages auprès des sympathisants socialistes. Probable candidat aux primaires pour la présidentielle, François Hollande projette une réforme fiscale privilégiant les PME qui investissent.



Vous avez été le premier des leaders de gauche à évoquer les grandes lignes d'une réforme fiscale. Quels en sont les enjeux?

La réforme fiscale, c'est une condition qui assure le succès de toutes les autres réformes. Elle doit être tout entière tournée vers trois enjeux: l'amélioration de la compétitivité, le partage des efforts et la prise en compte des générations futures. Le but n'est pas de chercher des ressources supplémentaires, mais de rendre la fiscalité plus équitable et plus incitative. Il faut éviter que le travail soit l'assiette principale de nos prélèvements directs et de notre système de protection sociale, sinon la France continuera à perdre des parts de marché et les inégalités se creuseront.


Cette réforme ne passerait pas par une abrogation de l'impôt sur la fortune. Que proposez-vous aux dirigeants de PME qui s'estiment trop fortement imposés lorsqu'ils cèdent leur entreprise?

Les entreprises familiales contribuent à préserver l'emploi en France. Or le système fiscal actuel les fragilise. Les dirigeants sont exonérés de l'ISF, mais les parents proches n'étant pas dans les organes de direction y sont soumis, d'où le risque permanent d'une déstabilisation par la vente de titres ou par le versement de dividendes successifs. Une réforme là aussi est nécessaire. Je suis favorable à un impôt sur le patrimoine et pas seulement sur ses revenus afin d'éviter la rente et la spéculation. Je propose d'établir un lien entre l'impôt sur la fortune et l'impôt sur les successions: le premier serait maintenu, mais deviendrait déductible du second. Ainsi serait créé un impôt global sur le patrimoine, la succession et la détention étant confondues. Cela éviterait la cascade de prélèvements difficile à justifier sur le plan économique et même sur le plan redistributif.


Vous prévoyez de réformer l'impôt sur les sociétés. Dans quelle mesure?

Il y a aujourd'hui une surdistribution de dividendes: pour la période de 2010, les entreprises du CAC 40 vont reverser à leurs actionnaires 40milliards d'euros, soit près de 50% de leurs bénéfices! Dans une période qui doit être consacrée au redressement économique, je propose que l'impôt soit abaissé à 20% lorsque le bénéfice est réinvesti, et relevé à 40% lorsqu'il est distribué (NDLR: le taux actuel est de 33,3%). Cette modulation changerait la donne pour beaucoup de PME qui seraient soumises à un impôt sur les sociétés beaucoup plus faible.


Vous n'envisagez pas de toucher à la législation sur le temps de travail. Sur quels leviers comptez-vous agir pour relancer l'emploi?

Le dossier qu'il faut ouvrir, c'est l'emploi des jeunes, en trouvant des formules qui vont au-delà des contrats de qualification, d'apprentissage ou d'insertion. Je propose un «contrat de génération»: l'employeur qui garderait un senior jusqu'à la liquidation de sa retraite et qui embaucherait un jeune en CDI pourrait avoir une double exonération de cotisations sociales. Le senior assurerait ainsi la transmission des connaissances. Il faut aussi remettre à plat le système des exonérations de cotisations sociales qui n'ont plus aujourd'hui de réelles contreparties sauf d'alléger le coût du travail non qualifié.


Vous souhaitez faire des PME un vecteur de croissance pour la France. Quels moyens leur donnerez-vous pour se développer?

L'enjeu pour les années qui viennent, c'est de faire que les grandes entreprises utilisent mieux le tissu des PME et de permettre aux petites entreprises de grossir pour être capables d'exporter et de créer de l'emploi. Parmi les leviers, il y a la fiscalité. Il nous faut aussi donner de la souplesse aux PME en leur évitant les blocages psychologiques qui peuvent freiner leur développement. Il y a aujourd'hui trop de seuils: faisons en sorte que la présence syndicale soit une évidence, que les droits des salariés soient élargis mais que ces seuils ne soient plus un frein, en créant des seuils glissants. Par ailleurs, les PME connaissent des difficultés à accéder au crédit, au marché des capitaux. Il faut amplifier les moyens d'Oseo et créer des produits d'épargne dédiés aux PME. Les régions peuvent également contribuer à l'amélioration des fonds propres des entreprises à travers la constitution de fonds d'investissement régionaux.


Dominique Strauss-Kahn serait-il un bon Premier ministre ou ministre de l'Économie d'un François Hollande à l'Élysée?

L'heure n'est pas à la distribution des rôles. Nous avons des hommes et des femmes de talent au PS qui doivent moins passer leur temps à la compétition qu'à la préparation de l'alternance. Dominique Strauss-Kahn n'a pas besoin de faire ses preuves. Il les a déjà faites comme ministre des Finances et aujourd'hui comme directeur du FMI. Sa compétence dans ce domaine est établie. Est-ce une condition suffisante pour devenir président de la République? À lui de le dire. Être président, c'est avoir une vision de la France, une conscience de notre collectif, une capacité à relever tous les défis qui ne sont pas qu'économiques. Donner un avenir à la jeunesse d'un pays comme le nôtre qui n'est pas un pays comme les autres: tel est l'enjeu de 2012. C'est cette profondeur-là qui a manqué à Nicolas Sarkozy.


Craignez-vous un nouveau «21avril» lors de la prochaine présidentielle?

Faisons attention à la dispersion aussi bien à gauche qu'à droite au premier tour de la présidentielle. En cette période de montée de l'extrême droite et de tensions internationales, il faut rassembler. Je ne souhaite pas que le Parti socialiste négocie entre les deux tours son projet pour la France. Il doit être discuté avant le premier tour avec les forces qui veulent gouverner avec nous. Dès lors que nous voulons gagner en 2012, pourquoi ne pas se retrouver avec ceux qui le voudront sur une candidature commune? (Photo Eugène Le Droff - Le Télégramme)