Sea Orbiter : Un chantier pour Saint-Nazaire!
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Sea Orbiter : Un chantier pour Saint-Nazaire!

Navale Saint-Nazaire a de grandes chances de construire le Sea Orbiter, le vaisseau d'exploration océanographique de l'architecte parisien Jacques Rougerie.

Un vaisseau digne du capitaine Némo pourrait se construire à Saint-Nazaire. À la barre, l'architecte et académicien Jacques Rougerie, un passionné de la mer marqué par Jules Verne et le commandant Cousteau. Le créateur de l'Océanopolis de Brest planche depuis une quinzaine d'années sur un vaisseau d'exploration océanographique, baptisé Sea Orbiter. Capable d'embarquer une vingtaine de membres d'équipage, ce laboratoire flottant en forme d'hippocampe est conçu pour la recherche scientifique, technique et industrielle.

Budget pas encore bouclé
Soutenu par des personnalités comme le Prince Albert 2 de Monaco, le spationaute Jean-Loup Chrétien ou Thierry Pilenko, P-dg de Technip, le projet nécessite 35 millions d'euros d'investissement. Pour l'instant, 80% de la somme serait collectée, assure-t-on du côté de Sea Orbiter. Des fonds émanant à ce jour exclusivement d'investisseurs privés au premier rang desquels le fabricant de montres Rolex. L'équipe du Sea Orbiter espère boucler son budget avant l'automne, en ayant recours à des deniers publics. Des négociations sont en cours avec des structures étatiques, mais aussi avec le conseil régional des Pays de la Loire. Ces discussions seraient en bonne voie, indiquent plusieurs sources impliquées dans le projet. Restera ensuite à finaliser les dernières études techniques afin d'être en mesure de démarrer la construction de cette structure en aluminium de 500 tonnes, mesurant 58 mètres de hauteur, dont 31 mètres seront immergés, en fin d'année ou au début 2013.

Consortium régional
À Paris, l'équipe de Jacques Rougerie fait état «de discussions avancées avec un consortium pour construire le premier Sea Orbiter à Saint-Nazaire». Cela fait plusieurs années que des entrepreneurs -le Nantais Jean-Yves Delaune a ainsi été longtemps au coeur de l'équipe de Sea Orbiter - et des industriels régionaux sont en contacts étroits avec les porteurs du projet. À commencer par le groupe tourangeau Hervé (2.500 salariés), propriétaire de SMCN et de Chouteau à Saint-Nazaire. «Nous sommes rentrés dans le projet il y a un an et demi pour apporter notre caution industrielle. Avec le cluster nazairien Néopolia, nous jouons un rôle de coordinateur afin d'identifier tous les corps de métier nécessaires à la construction du Sea Orbiter et de fédérer les acteurs industriels», explique Guillaume Labarrière, directeur marketing et stratégie du groupe. Un consortium est actuellement en cours de constitution autour du groupe Hervé. Dans cette aventure industrielle, se positionnent quelques grands équipementiers et bureaux d'ingénierie, mais aussi beaucoup de PME régionales, pour la plupart membres de Néopolia. «Nous avons déjà élaboré les plans de fabrication», lance ainsi Jacky Halotel, président du chaudronnier Acco. Le Castelbriantais est pressenti pour fabriquer la colonne de 58 mètres qui relie les deux plates-formes de l'engin aquatique. «Cela représente une année et demie de travail!», assure le chef d'entreprise. La plate-forme émergée du vaisseau pourrait, elle, être construite à Couëron, au sein du chantier naval Alu Marine. D'autres PME de la région sont aussi engagées dans le projet. À l'image des chantiers Merré de Nort-sur-Erdre, de la société d'ingénierie informatique brestoise Cervval, du logisticien carquefolien Altéad ou de l'électricien nazairien Shipelec. Les différents tronçons de la plate-forme flottante devraient être assemblés à Saint-Nazaire, au sein des ateliers de SMCN et dans une cale appartenant au port donnant sur le bassin de Penhouet. «Ce n'est qu'une hypothèse de travail, prévient Guillaume Labarrière. Le périmètre d'intervention de chaque entreprise n'est pas encore fixé. Il dépendra notamment de la date de mise en chantier et du plan de charge des entreprises à ce moment-là». Quoi qu'il en soit, si le projet se réalise, il ne devrait pas échapper aux industriels régionaux: «Il n'y a pas de concurrence. C'est un marché de gré à gré entre plusieurs partenaires», assure un dirigeant ligérien.

170.000 heures de travail
Toujours est-il que le Sea Orbiter est susceptible d'amener un peu de baume au coeur à une filière navale nazairienne aujourd'hui dans la tourmente. La construction de la plate-forme représente 170.000 heures de travail. C'est certes vingt fois moins qu'un gros paquebot. Mais nul doute que ce projet d'une rare audace mettra en avant le savoir-faire industriel régional aux yeux du monde. Cerise sur le gâteau pour les industriels de l'Ouest, d'autres Sea Orbiter pourraient voir le jour, Jacques Rougerie espérant que trois à cinq engins puissent à terme sillonner les mers du globe.Jules Verne lui-même n'avait pas vu aussi grand.

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