C'est une tendance lourde sur la quasi-totalité du territoire national. L'industrie métallurgique manque de bras alors que le chômage a franchi la barre symbolique des trois millions de demandeurs d'emplois. L'inquiétude est réelle en Sarthe chez les dirigeants de PME qui, passée la crise de 2008 - 2009, retrouvent de l'activité. «Trouver du bon personnel a toujours été compliqué dans nos métiers. En chaudronnerie, on réalise beaucoup de pièces unitaires. Ça demande des connaissances et de l'expérience. Aujourd'hui, j'ai du mal à trouver de bons soudeurs», constate Michaël Boulier, dirigeant de MPS à Ruaudin.
«On n'a pas les jeunes à mettre en face»
L'inadéquation entre besoins de main-d'oeuvre et demandes d'emploi ne date pas d'hier dans la métallurgie, mais aujourd'hui la situation est d'autant plus paradoxale que le taux chômage n'en finit plus de grimper. En Sarthe, il atteint désormais les 9%. Dans le département, près 400 embauches étaient prévues dans la métallurgie l'an dernier. Et ce sont plus de 2.300 offres d'emplois qui ont été enregistrées par Pôle emploi dans les Pays de la Loire. Principaux métiers en tension: chaudronnier, soudeur, tourneur-fraiseur, ajusteur et opérateurs de machines à commande numérique. «Une trentaine d'entreprises nous ont fait part de difficultés sur des postes ouverts. Il leur manque une quarantaine de techniciens d'usinage, quinze soudeurs et une dizaine de chaudronniers», relève Jean-Claude Pasteau, délégué général de l'Union des industries et métiers de la métallurgie de la Sarthe (UIMS). Aucun bassin n'est épargné, les tensions sur l'emploi sont identiques sur l'ensemble du territoire, voire même plus fortes lorsque l'on s'éloigne de l'agglomération mancelle. Malgré 700 recrutements en CDI l'an dernier et 550 depuis le 1erjanvier en Sarthe, les candidats ne se bousculent pas dans les centres de formation de la filière. «AuMans, l'Afpi avait 70 offres d'apprentissage non pourvues, dont une vingtaine dans l'usinage. On n'a pas les jeunes à mettre en face.» Dans l'incapacité de recruter des usineurs, certains industriels locaux étendent désormais leurs recherches vers d'autres pays européens pour tenter de trouver des solutions!
Représentation à la Zola
Dans les Pays de la Loire, troisième région industrielle de France qui concentre un grand nombre de fabricants de machines spéciales et compte une des plus fortes densités de sous-traitance, cette problématique, conjuguée au vieillissement de la population et aux effets de la crise, constitue un réel enjeu d'avenir. «On le constate à travers nos clients TPE. Ils ont du mal à attirer les jeunes, qui préfèrent aller vers de grandes entreprises connues. Et avec les départs en retraite à venir, il y a un risque que la pérennité de ces entreprises ne soit pas assurée», souligne Gilles Bajolet, directeur général d'Amada SA. Le fabricant de presses plieuses qui s'apprêtent à investir près de 10M€ sur son site de Château-du-Loir, anticipe ses besoins de main-d'oeuvre en menant des actions de sensibilisation auprès du lycée professionnel local. Alors, si les besoins sont là, pourquoi les candidats sont si peu nombreux à frapper à la porte des entreprises? Une des principales raisons avancées reste la dévalorisation des métiers manuels. «La filière professionnelle traîne une mauvaise réputation dans la tête des parents. Elle a été longtemps considérée comme une filière punitive», poursuit le dirigeant d'Amada. La représentation à la Zola d'une métallurgie sombre, sale, bruyante et mal payée a en effet la vie dure. AuMans, Stéphane Geslin qui gère une entreprise de 32 salariés, spécialisée dans la mécanique de précision le constate. «Je prends des stagiaires en bac pro pour les accompagner jusqu'au BTS. Actuellement, on a du mal à les motiver pour évoluer.» En cause également selon lui, une mauvaise communication sur les métiers techniques. «On doit ouvrir nos sites de production, montrer que Zola, c'est terminé.»
Restriction sur les machines
Autre motif d'inquiétude pour un certain nombre d'industriels: la décision prise par le Rectorat de retirer, à la rentrée, les tours et fraiseuses conventionnels, pour des raisons de sécurité, de tous les lycées techniques. «Les machines sont toujours dans les établissements, mais le rectorat nous demande de mettre en place des protocoles de sécurité et de d'abord faire travailler les élèves sur des machines à commande numérique», explique Patrick Brout, proviseur du lycée Maréchal Leclerc à Château-du-Loir. Un vrai problème pour les industriels, car beaucoup de PME et TPE ne sont pas équipées de telles machines et ne peuvent être en mesure d'accueillir de stagiaires.
Des raisons d'espérer
Dans ce contexte, comment redonner de l'attractivité à ces métiers et inciter les jeunes à intégrer les formations initiales? Cela passe par un certain nombre d'initiatives mises en place pour permettre la rencontre entre le grand public et les entreprises, comme la Semaine de l'industrie ou la découverte professionnelle en classe de troisième. «L'UIMS a conclu un partenariat avec une quinzaine de collèges sarthois pour présenter ces métiers en tension et visiter avec les élèves les centres de formation», souligne Jean-Claude Pasteau. Une donnée peut malgré tout donner des raisons d'espérer: la légère hausse du nombre d'entrées à l'Afpi des Pays de la Loire, le centre de formation aux métiers de l'industrie...
Le taux de chômage atteint désormais 9% dans le département de la Sarthe. Pourtant, des secteurs peinent toujours à trouver des candidats. C'est le cas de la métallurgie. Entreprises et syndicat professionnel cherchent les solutions pour se défaire de l'image erronée de leurs métiers.