Il n'avait encore jamais connu une telle situation. Habitué à des croissances à deux chiffres, le groupe a enregistré l'an passé une chute de plus d'un tiers de son chiffre d'affaires. S'est ajoutée à cela une crise sociale sans précédent. À court de commandes, l'équipementier automobile de Saint-Jean-d'Ardières avait dû en effet se séparer de 108 salariés en février2009, après la fermeture de l'une de ses filiales située à Vénissieux. «Outre la catastrophe humaine, nous avons perdu 3,5M€ dans cette affaire», chiffre aujourd'hui Émile Di Serio, le président du groupe qui dit «ne pas avoir pu anticiper une chute si brutale du marché». Achetée quatre ans plus tôt, l'entreprise vénissiane était spécialisée dans le moulage de pièces en aluminium pour les marchés de l'automobile, des poids lourds et des motocycles. La principale raison invoquée du dépôt de bilan? Le désengagement de Renault Trucks, un client qui représentait à lui seul plus de la moitié du chiffre d'affaires de la société. Malheureusement, le cas de l'usine de Vénissieux ne fut pas un cas isolé l'an dernier pour le groupe familial. Présent dans dix pays, Saint Jean Industries a été contraint de licencier 550 de ses 1.350 salariés à travers le monde. Parmi les pays les plus touchés: les États-Unis, la France et l'Allemagne où il détient également une usine de production depuis 2008. Aujourd'hui pourtant, Saint Jean Industries semble reparti de l'avant. Il annonce un chiffre d'affaires proche de 125M€ cette année, soit une hausse de près de 40% par rapport à 2009. «Nous avons choisi de ne pas toucher aux forces commerciales pendant la crise. Nous avons même doublé les effectifs depuis un an et demi», explique Émile Di Serio.
Croissances externes en vue
Parmi ses projets, l'export (qui génère les deux tiers de l'activité) va être renforcé avec le rachat imminent d'une entreprise norvégienne spécialisée dans la fabrication de jantes en aluminium. De même, l'accord stratégique passé l'an dernier avec un fabricant allemand de boîtes de vitesse et de châssis devrait déboucher, en 2012, sur la création commune d'une usine de production en Chine, la sixième du groupe. Du côté du marché français, plusieurs projets de croissance externe sont également dans les tuyaux. Le patron de Saint Jean Industries envisage ainsi de racheter, ce mois-ci, deux entreprises (situées dans les départements des Vosges et de la Mayenne) oeuvrant dans les domaines de l'acier et de la fonte. «L'acquisition de ces deux sociétés va permettre au groupe de renforcer son pôle moteur, qui ne représente actuellement qu'un tiers de son activité, contre deux tiers pour le pôle châssis», précise le dirigeant. Pour soutenir sa croissance, il promet de procéder à une série d'embauches dans les prochains mois. À ce jour, 200 employés ont rejoint les équipes françaises et américaines depuis le début de l'année.
Bousculée en 2009 par unecrise économique et sociale, l'entreprise familiale de Saint-Jean-d'Ardières reprend des couleurs. Elle devrait retrouver un niveau d'avant-crise dès la fin de l'an prochain.