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Robotique : «Un retard considérable»
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Robotique : «Un retard considérable»

BIENS D'ÉQUIPEMENT Philippe Huguet, président de Parinnov, dénonce l'écart d'équipement des entreprises françaises en robotique face aux voisins européens.

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hilippe Huguet, à quoi servira la plate-forme régionale d'innovation (PRI) robotique?


Il s'agit avant tout de vulgariser la robotique, en accompagnant surtout les PME «primo accédantes». Après adhésion à la PRI, les entreprises se verront offrir différents services: journées d'information, veille, newsletters, groupes de travail sur la vision, le soudage, l'usinage par robots et autres problématiques industrielles. La PRI pourra être un tremplin vers des projets collaboratifs, par la mise à disposition de locaux, d'équipement... Elle accueillera aussi des organismes de formation.
Votre rôle est donc notamment de faire émerger de nouveaux projets...
Oui, il s'agit de détecter les projets dormants et d'aider les industriels qui s'interrogent sur l'opportunité de la robotisation. Le plateau technique disposera de robots pour effectuer des essais de faisabilité, maquettes et prototypes. Il permettra aussi aux industriels de s'assurer de la qualité, de la productivité, et de calculer le retour sur investissement. Ils disposeront alors d'un cahier des charges afin de consulter des intégrateurs.
Quel est l'impact de la robotique en termes de compétitivité?
C'est tout simplement l'une des clés pour garder de l'emploi et de la production en France. Puisqu'on produit mieux, plus vite et en grande quantité, tout en faisant baisser ses coûts de production.


Fort de ce constat, y a-t-il eu un boom d'équipement ces dernières années?
Paradoxalement, non. Il y a de belles installations robotisées en France mais le retard est encore considérable par rapport à certains de nos voisins. En 2008, on recensait 145.000 robots en Allemagne, 63.000 en Italie et... 34.500 en France. L'écart s'accentue même. Alors que pour un robot vendu en France en 2009, il y en avait quatre en Allemagne, le ratio est passé d'un à cinq en 2011.
63% des robots installés le sont dans l'automobile et les deux tiers du parc équipent des entreprises de plus de 1.000 salariés... Quels sont les freins pour les PME?
Elles considèrent que ce n'est pas à leur portée, parce que trop technologique ou coûteux. Et réservé aux grosses industries comme l'automobile. Souvenez-vous de la pub de Citroën où l'on voit un Picasso conçu avec un bras articulé: c'est ça l'imagerie populaire. Or, le robot s'est démocratisé depuis dix ans. Son prix n'a cessé de baisser alors que le coût du travail augmente, il n'a jamais été aussi pertinent. Même s'il y a quand même un investissement minimum. Comptez 100.000 euros pour une application classique.
Avez-vous des exemples concrets d'application?
Je donne souvent l'exemple d'un fabricant de treillis métallique pour le béton armé dans la région. En 2008, l'entreprise a été confrontée à une problématique complexe: problèmes de recrutement et de TMS (NDLR: troubles musculo-squelettiques), triplés d'une augmentation à venir de 30 à 40% de son marché, du fait des nouvelles normes antisismique. S'ils n'avaient pas été en mesure de produire plus et mieux, ils auraient potentiellement perdu à la fois le marché et de la main-d'oeuvre.
Sur ce sujet de la main-d'oeuvre, la robotique a encore mauvaise presse...
«Le robot tue l'emploi!», dit-on. Le raccourci est un peu court. C'est le même discours que pour l'automatisation à ses débuts. Il faut d'abord voir que de nombreuses entreprises n'ont pas supprimé de postes, mais réorienté les opérateurs vers des activités moins ingrates et à plus forte valeur ajoutée. De plus, la robotisation crée aussi des emplois: des programmeurs, des responsables d'études, des monteurs, des mécaniciens, des électriciens pour faire le câblage, etc.
L'objectif de la PRI est-il de créer une véritable filière régionale?
Tout à fait. On a tout intérêt à créer un environnement attractif, notamment pour attirer des étudiants et jeunes actifs. Une licence pro baptisée «ICMIR» vient ainsi d'être lancée pour former les gens à implantation, la conduite et maintenance d'installations robotisées. Et le plateau technique sera mis à disposition des organismes de formation comme l'Icam l'Afpi, le lycee Kastler. La PRI a donc aussi pour vocation de créer une filière avec de l'emploi.



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