Le 22mai prochain, des DRH d'entreprises bretonnes iront se balader dans un sous-marin nucléaire à la rencontre, peut-être, de leurs futurs salariés. Défense Mobilité, l'agence de reconversion des armées - un service gratuit pour les entreprises - organise plusieurs événements de ce type tous les ans dans la région. Une sorte de "service après vente" pour les futurs ex-militaires, de plus en plus nombreux à devoir se reconvertir.
Prisés dans la logistique
Il y a quelques années, ils étaient 25.000 à quitter l'armée tous les ans. Avec la révision générale des politiques publiques (2009-2014), ils sont 35.000 en France. Certaines entreprises bretonnes (657 l'année dernière) ont pris l'habitude d'aller puiser dans ce vivier de candidats. C'est le cas de la franchise de travail temporaire Temporis, dans le Finistère. Didier Nicolas, son dirigeant, y a recours notamment pour répondre aux besoins de ses clients en mécanique notamment dans le secteur naval. «Ce sont des gens sérieux qui ont déjà une bonne expérience professionnelle. Et ils ne sont pas perdus à borddes navires!» Les anciens militaires sont recherchés pour leurs savoir-faire techniques, leurs connaissances hydrauliques, mécaniques (pour les marins) et logistiques. «À Vannes, par exemple, 28% des anciens militaires se reconvertissent dans les secteurs du transport et de la logistique», indique-t-on du côté de Défense Mobilité. Un vrai savoir-faire, apprécié des entreprises.
Phase d'adaptation à l'entreprise
«Quand le 3e RIMa déploie une opération en Afghanistan, il y a beaucoup de compétences mises en oeuvre. Idem dans la Marine. Organiser une relève dans l'Océan Indien pour 950personnes sur un porte-avions, ça ne se fait pas comme ça...», fait valoir le capitaine de frégate Bertrand Aumont, chef du pôle Défense Mobilité à Brest. Les anciens militaires investissent aussi le secteur des services à la personne, aux collectivités et l'univers de la sécurité. «Cela va du métier de l'agent d'assurance à celui de cadre dans une société de nettoyage», note Jean-Pierre Guedès, chef de la cellule placement au sein du pôle brestois de Défense Mobilité. Capacités d'adaptation, discipline, solidarité, sont des qualités appréciées des entreprises, sur certains types de postes. Notamment ceux qui réclament de la rigueur et de l'application des règles. Mais revers de la médaille, quand un ancien militaire arrive en entreprise, il y a souvent une phase de «petits réglages nécessaires» et de réflexes d'autonomie à acquérir. «Chez nous, les choses sont normées, codifiées. Dans l'armée, on a un mode opératoire. Parfois, les entreprises nous disent qu'il y a un temps d'adaptation nécessaire», admet Bertrand Aumont. Avant d'intégrer le secteur privé, le militaire aura d'ailleurs un travail de deuil. «Dans l'armée, on est dans un univers assez clos. À l'extérieur, le monde professionnel n'est pas tendre...», témoigne Bernard Guilhemjouan, ancien officier de l'armée de terre. Après avoir achevé sa carrière comme formateur à Coëtquidan, il s'est associé à la franchise GP Bretagne Emploi à Vannes. Pour son agence d'emplois, il lui arrive d'avoir recours au vivier des anciens militaires pour leurs compétences mais aussi par solidarité. «Je suis passé par une période de reconversion avec des étapes difficiles. Alors si je peux parrainer mes camarades, je le fais.»
«Lutter contre l'image du militaire pensionné»
L'image du militaire pensionné leur rend parfois service quand certaines entreprises n'ont pas de temps plein à proposer. Mais Défense Mobilité doit souvent lutter contre cette idée reçue. «70% des militaires sont contractuels. La plupart partent sans retraite. Ou alors ils doivent racheter leurs cotisations et c'est très cher», souligne l'une des conseillères de l'agence de reconversion. «On explique bien à nos candidats que le travail a un coût et que, quoiqu'il en soit, cela ne doit pas entrer en ligne de compte», complète le capitaine de Frégate Bertrand Aumont.
Défense Mobilité Brest
Tél. : 02 98 22 16 17. www.defense-mobilite.fr