Ressources et organisation : Les armes anti-crise?
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Ressources et organisation : Les armes anti-crise?

Quand l'économie va bien, une entreprise va rarement se plonger dans son organisation pour l'améliorer. Mais quand la crise arrive, ses dysfonctionnements sont amplifiés. En Bretagne, les spécialistes du conseil aimeraient sensibiliser PME et pouvoirs publics à ce qui gangrène petit à petit la bonne marche de l'entreprise. Philippe Créhange

Travailler sur les grandes filières comme l'agroalimentaire ou les TIC, voilà l'un des rôles d'une région comme la Bretagne. Et c'est d'ailleurs l'une des missions allouées à l'Agence économique de Bretagne (AEB). Mais au-delà de ces pans capitaux de l'économie régionale, ne faudrait-il pas engager une réflexion encore plus large, et hors filière? À l'AEB, on en est conscient. «Aujourd'hui, l'Agence est focalisée sur les grands projets industriels de la Bretagne (éolien, hydrolien), explique Thierry Meuriot, vice-président de l'AEB. Il y a également l'agroalimentaire, où les privés sont très impliqués, et trois ou quatre autres filières, dont les TIC. Par contre, il me semble qu'il manque toute la dimension TPE/PME. On doit travailler sur l'aide qu'on doit leur apporter en matière de compétences, de formations...» Une réflexion autour de l'amélioration de l'organisation et du management des entreprises bretonnes? Jean-Luc Poulain la juge nécessaire. Pour le président de Breizh-Conseil, la Chambre professionnelle du conseil en Bretagne, mieux vaut en effet «apprendre à l'homme à pêcher que de lui donner du poisson», faisant sien le proverbe chinois.




Améliorer la performance par l'humain

Or quand on s'attaque à l'organisation d'une entreprise, on touche forcément du doigt ce qui les constitue: l'humain. «L'approche du management socio-économique, c'est la performance sociale. Et la finalité de la performance sociale, c'est la qualité du management. Pour nous, le potentiel humain est le premier levier d'amélioration de la performance des entreprises», explique ainsi Christian Guitton, conseil en organisation et associé à Iseor, centre de recherche en sciences de gestion. Mais de souligner que les entreprises y sont peu sensibles. Pourquoi? Parce qu'elles ne mesurent pas d'un point de vue financier ce qu'une mauvaise organisation peut leur coûter. Autrement dit, elles ne savent pas chiffrer leurs coûts cachés. Pour autant, des méthodes de mesure existent. Les coûts cachés? «On sait que cela représente entre 10.000 et 50.000 € par personne et par an», souligne Christian Guitton. La surconsommation de matières premières est bien souvent le premier des coûts cachés qui vient à l'esprit. «Mais il y a aussi la non-production, relève le consultant. Quand une ligne de montage s'arrête, il y a le coût de réparation mais également le coût de la non-utilisation de l'outil.» Pour Christian Guitton, les aides publiques ne prennent d'ailleurs pas assez en compte ces notions. «Les pouvoirs publics financent des investissements matériels mais on oublie bien souvent l'investissement immatériel. Et pourtant, le retour sur investissement immatériel est supérieur à l'investissement matériel.» Pour le consultant, 1 € investi en immatériel, c'est 2 à 40 € de retour. Christine Le Tennier, dirigeante d'Algues de Bretagne, entreprise innovante à Rosporden, le confirme, prenant l'exemple du marketing et de la communication. «L'innovation, c'est bien gentil, mais si vous n'avez pas les ventes derrière, ça ne sert à rien. Il faut absolument que la Région Bretagne, que les pôles de compétitivité, co-financent le marketing.»




«Ne plus jouer les pompiers de service»

Depuis des années, Iséor travaille à l'élaboration d'outils permettant d'optimiser l'organisation dans les entreprises. Mais c'est aussi la mission des quelque 700 cabinets de conseils - dans tout secteur d'activités - qui officient en Bretagne. Jean-Luc Poulain, chez Breizh-Conseil, et Philippe Menke, président du réseau Courants Porteurs, ont aujourd'hui pour objectif de le faire savoir. C'est notamment la raison pour laquelle ils organisent une conférence sur le sujet, à Rennes, début novembre (lire plus bas). Un débat en lien étroit avec la crise. Car «quand ça va bien, les dirigeants de PME françaises pensent d'abord ressources internes. Et quand ils pensent externes, ils n'ont pas de cash-flow» pour cause de crise, décrit Philippe Menke. «Or les dysfonctionnements, dans une entreprise, ça ne fait qu'amplifier avec la crise», rappelle Jean-Luc Poulain. Et ce dernier de rêver à ce que les conseils bretons arrêtent de «jouer les pompiers de service» dans les entreprises. En intervenant en amont des difficultés plutôt que lorsqu'elles sont là.

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