Près de 12.315 entreprises, dont 71% étaient des PME de 10 à 49 salariés, auraient changé de main en France en 2010 selon l'observatoire du groupe bancaire BPCE. Toujours vivace, le marché de la reprise d'entreprise par des personnes physiques semble se tenir bien malgré la crise ambiante. «Aujourd'hui, il y a beaucoup d'argent disponible pour financer des reprises. Outre les banques, qui continuent de se positionner sur ces dossiers, les candidats repreneurs peuvent s'appuyer sur des réseaux de plus en plus étoffés de business angels et de capitaux-risqueurs opérant en régions. La banque publique Oseo propose également des outils très intéressants», estime Stanislas de Gastines, associé Ernst & Young Nantes. Ce vivier financier devrait donc continuer à porter le LBO («Leverage Buy Out», ou «achat par endettement»), le dispositif le plus communément utilisé lors de la reprise d'entreprise. L'acheteur n'apporte alors qu'une part minoritaire du montant d'acquisition, le solde étant financé par un emprunt remboursé en puisant dans les dividendes dégagés par l'entreprise reprise.
Un niveau d'exigence démultiplié
Classique, le dispositif est cependant aujourd'hui compliqué par la situation économique et les évolutions réglementaires du monde bancaire. «Il n'y pas si longtemps, les dossiers de LBO passaient quasiment tous. Mais avec la crise, les banques ont pris parfois des ardoises sur ces montages. Et avec l'évolution des réglementations d'encadrement des risques bancaires liée aux normes Bâle II, et bientôt Bâle III, les dossiers sont plus compliqués à monter», constate Olivier Provost, directeur du pôle Maine de KPMG. Bref, le repreneur doit désormais montrer patte blanche deux fois plutôt qu'une en terme de viabilité. «L'exigence qui entoure le dossier de reprise d'une PME dégageant 10M€ de CA équivaut à celle qui portant sur une cible de 50M€ il y a dix ans», résume Maxime Girard, auditeur chez Ernst & Young. Dans ce contexte, le candidat à la reprise se doit de sécuriser de façon optimale le montage financier de l'opération. Un exercice délicat qui commence avant tout par un ciblage efficace d'une entreprise à bon potentiel de rentabilité. Mais il faut également savoir convaincre des partenaires financiers et donner de la solidité à son dossier grâce à une bonne connaissance des différents dispositifs d'appuis offerts par le marché. Enfin, le repreneur doit connaître les ficelles qui peuvent permettre de dénouer une négociation. Car malgré la crise, le prix des entreprises à reprendre n'a pas forcément baissé. «Malgré des années de rentabilités beaucoup plus faibles en2009 et2010, beaucoup de cédants n'ont pas fait le deuil de leur valorisation et restent accrochés à ses prix de cessions qui ne sont pas cohérents dans le contexte actuel», observe Olivier Provost. Le parcours du repreneur, qui s'étale sur au moins un an entre le ciblage et le rachat, reste plus que jamais un parcours du combattant.
Malgré la crise, le marché de la reprise d'entreprise reste vivace. Mais l'évolution réglementaire a compliqué considérablement le montage financier des dossiers. Comment mener à bien le rachat d'une PME dans cette nouvelle donne?
Dossier réalisé par Sébastien Payonn
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