Réalités : « Il faut que les patrons de PME se décoincent avec la Bourse »
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Réalités : « Il faut que les patrons de PME se décoincent avec la Bourse »

Immobilier Le promoteur herblinois Réalités lève six millions d'euros puis s'introduit en Bourse. Comptant collecter dans un an entre trois et six millions d'euros auprès du grand public, le P-dg Yoann Joubert revient sur les différentes étapes de financement de l'entreprise qu'il a fondée en 2003.

Y


oann Joubert, Réalités vient de lever six millions d'euros et s'est ensuite introduite en Bourse, sur Alternext. Pourquoi ?

On a opté pour une cotation directe. On a d'abord levé six millions d'euros auprès de seize fonds d'investissement. Puis on s'est introduit en Bourse, sans faire d'appel public à l'épargne. Cela permet de réaliser deux choses. D'une part, financer l'entreprise auprès de fonds, de façon confidentielle, ce qui nous permet de communiquer uniquement en cas de succès. D'autre part, la cotation offre de la liquidité aux actionnaires.


Il y a quelques années, vous aviez démarché, en vain, plus de 70 fonds d'investissements. Aujourd'hui, 16 fonds vous rejoignent d'un coup. Qu'est ce qui a changé chez Réalités ?

L'entreprise est beaucoup plus mûre. On est davantage structuré, avec des normes comptables IFRS et un visa de l'Autorité des marchés financiers obtenu l'an passé. Les résultats 2013 nous aident aussi beaucoup. Maintenant, les gens ne nous accueillent pas non plus les bras ouverts. Convaincre un investisseur, c'est vraiment du travail. Il faut du souffle. Là, ça a demandé trois mois de travail intense. Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que tout cela se construit dans le temps. On a d'abord fait entrer à notre capital Lexim en 2010, puis, l'an passé, on a réalisé un emprunt obligataire de 7 millions d'euros de type IBO. Cette année, la cotation. La suite logique, c'est l'appel public à l'épargne. Dans les dix à douze mois, je compte lever de cette façon entre trois et six millions d'euros.


Pourquoi ce choix du grand public ?

C'est plus stratégique qu'un besoin de financement. Car c'est aussi important de jouer le jeu vis-à-vis de ses actionnaires, de leur offrir de la liquidité. Maintenant, on le fera le moment venu, après avoir proposé un projet de développement et montrer que Réalités est une boîte fiable, qui progresse en chiffre d'affaires et en profitabilité.


Quelles perspectives économiques pour Réalités ?

Dans un marché immobilier qui n'est pas à la fête, on progresse. On vise 70 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014, 80 millions en 2015. L'an passé, nos revenus s'élevaient à 56 millions d'euros, en croissance de 33 % sur un an.


Comment se compose le capital de l'entreprise ?

Il y a environ 70 actionnaires. Les fondateurs détiennent 30 % du capital, Lexim 35 % et les managers 5 %.


Comment gérez-vous cette multitude d'actionnaires ?

Aujourd'hui 35 % du capital est flottant, car la part des fondateurs et de Lexim est fixée. Avec Lexim, nous avons déclaré une action de concert, c'est-à-dire que nous nous engageons à voter conjointement. On ne gère pas 100 % du capital, mais on s'en fiche. Et l'introduction sur Alternext ne change strictement rien pour nous. On a toujours une contrainte de résultat et on partageait déjà nos décisions.


Pour un certain nombre de chefs d'entreprise, la Bourse, c'est compliqué, voire dangereux...

Il faut qu'on se décoince, nous patrons de PME, avec la Bourse. Il faut vraiment qu'on s'ouvre à cela. Alors oui, il y a un côté aléatoire, irrationnel, les traders, les boursicoteurs, etc. Mais la Bourse est aussi un fantastique moyen de financer l'entreprise, tout en offrant de la liquidité aux actionnaires et en gardant une liberté dans le mode de gestion.


Quel conseil pourriez-vous délivrer aux chefs d'entreprise qui s'interrogent sur l'opportunité de s'introduire en Bourse ?

Il faut une bonne équipe autour de soi. La Bourse, ce n'est pas fait pour le patron homme-orchestre, car cela demande un certain nombre de compétences et de structuration. Il y a beaucoup d'entrepreneurs qui se sont lancés comme moi, sans fortune personnelle. J'ai démarré avec 40.000 euros. Si je n'avais pas mené toutes ces démarches de financement et d'ouverture du capital, Réalités ferait dix fois moins de chiffre d'affaires. Avec à la clé 500 emplois en moins pour Réalités et, indirectement, pour les entreprises qui travaillent sur nos chantiers. Alors oui, il faut partager son capital, montrer ses résultats et il faut assumer. Mais c'est aussi passionnant pour l'entreprise et pour moi. Je ne vis pas cela comme une contrainte. Au contraire, c'est une occasion de progresser.

Réalités



(Saint-Herblain) P-dg : Yoann Joubert 65 salariés 56 M€ de CA en 2013 02 46 26 13 00

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