Politique : Mon stagiaire d'été est un député !
# Conjoncture

Politique : Mon stagiaire d'été est un député !

Un chef d'entreprise de Loire-Atlantique a reçu cet été pendant deux jours un député pour un stage d'immersion.

« Je considère que le dialogue social existe dans mon entreprise. Je n'ai pas besoin qu'on nous colle une loi pour cela ! Je n'ai pas besoin d'une loi pour discuter avec les salariés ! ». À la tête de BPO, une société qui collecte et broie du plastique à Puceul, Olivier Bouchaud n'y va pas par quatre chemins pour dire tout le mal qu'il pense du projet de loi relatif au dialogue social. En face de lui, le stagiaire arrivé la veille écoute attentivement. Griffonnant un petit carnet, Yves Daniel est un stagiaire studieux. Cela fait deux jours que le député est en stage d'immersion dans la TPE de 10 salariés qu'Olivier Bouchaud a reprise en 2006. « On n'arrête pas de dire que les politiques ne connaissent rien aux entreprises. Je trouve l'initiative très bonne et l'occasion excellente de lui faire découvrir le fonctionnement et les problématiques d'une TPE », s'enthousiasme le dirigeant ligérien. Comment Yves Daniel a-t-il atterri au milieu d'une petite entreprise de la campagne nantaise ? Jeune retraité, ce paysan est député de Loire-Atlantique depuis trois ans. L'ancien éleveur le concède volontiers, il n'est pas un grand connaisseur du monde industriel. Alors, il va voir ce qu'il en est sur le terrain, invité par l'association accompagnant les créateurs et repreneurs d'entreprise Réseau Entreprendre. « Je ne suis pas ici pour me faire mousser. J'ai besoin de pragmatisme, de fonctionner sur du bon sens, d'avoir les pieds sur terre », assure-t-il.




Heures sup', pénibilité, CICE

Du concret, Olivier Bouchaud va lui en donner. Les deux hommes reviennent ainsi sur le fonctionnement de l'entreprise, ses marchés, ses process, sa fiscalité, etc. Très vite, la discussion devient politique. Chef d'entreprise et député parlent de l'impact de la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires pour les équipes de BPO. Évoquent la mise en place du compte pénibilité. « Je suis conscient qu'il y a des choses à faire en termes de pénibilité. Mais la mise en place de ce dispositif n'est pas du tout adaptée à notre organisation », appuie le chef d'entreprise, qui enchaîne sur le CICE. Ce crédit d'impôt, « c'est un bonus. Mais comprenez que je ne peux pas m'appuyer dessus car on n'est pas certain qu'il soit pérenne », explique Olivier Bouchaud. Yves Daniel acquiesce. « C'est cela la vraie vie. On ne détient jamais la vérité tout seul ». Lui aussi partage son expérience. « Un chef d'entreprise, un chef de famille, un individu peuvent décider seul. En politique, c'est différent. On ne peut avancer que dans le compromis. La question, c'est comment on améliore le fonctionnement du compromis. Je pense qu'on a tout intérêt à s'appuyer sur le terrain ». Le stage de deux jours d'Yves Daniel est un premier pas qui peut permettre d'aller dans ce sens. Il en faudra d'autres. Beaucoup d'autres. La France compte 577 députés et 348 sénateurs.



Stéphane Vandangeon

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