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Plutôt que d'empocher 4 millions d'euros, ce patron nantais préfère céder son entreprise à ses salariés
Nantes # Reprise

Plutôt que d'empocher 4 millions d'euros, ce patron nantais préfère céder son entreprise à ses salariés

Il a fait la une de presque tous les journaux. Eric Bélile, dirigeant de la Générale de la bureautique, a préféré céder son entreprise nantaise à ses salariés plutôt que de la vendre 10 millions d'euros à un fonds de pension. Et toucher quatre millions d'euros. Un choix éthique plus compliqué à mettre en place qu’il ne pensait.

Eric Bélile ne s’attendait à se retrouver à la une des médias. « C’était un buzz non prévu », sourit le P-dg de la Générale de la bureautique, installée à Saint-Herblain. La raison d’un tel coup de projecteur sur cette petite entreprise commercialisation et la maintenance en bureautique (photocopieurs, imprimantes...) ? Eric Bélile a décidé de refuser une offre de rachat de son entreprise par un fonds de pension à 10 millions d’euros, pour sauver ses salariés. « Je savais qu’avec cette offre, il y aurait un tiers des salariés qui seraient licenciés, je ne pouvais pas leur faire cela. Je les connais depuis 20 ans, on est une grande famille. Je n’ai pas monté cette entreprise uniquement pour l’argent», raconte le dirigeant. Après plusieurs heures de réflexion avec ses proches, il décide donc de refuser l’offre mirobolante. « C’est dans mes gènes », dit-il, en se remémorant les raisons qui l’ont poussé à monter sa boîte.

"Créer une entreprise avec des valeurs humaines"

C’était en août 1989. Il quitte son poste de cadre sup au groupe Canon alors qu’une carrière européenne lui tend les bras. «Je pensais pouvoir faire mieux. Je pensais pouvoir créer une entreprise avec des valeurs humaines», se rappelle-t-il. Il s’installe dans une cave sur l’Ile de Nantes et très vite, il déchante. « C’était très dur. J’étais tout seul, je faisais du porte à porte. Je n’avais même pas de sous pour acheter un photocopieur à 3.000 euros.» D’autant que ses concurrents ne lui laissaient aucune chance. « Dans notre métier, on part sur des contrats de maintenance de 5 ans, c’était facile pour mes concurrents de dire que je venais de me lancer et que les clients prenaient un risque en faisant appel à moi », se souvient le dirigeant.

Plusieurs fois, Eric Belile pense à arrêter. « Et puis, le lendemain, je repartais quand même, j’y croyais dur comme fer. » Il dit travailler plus que les autres pour assurer le service auprès de la clientèle. Son secret ? Miser sur l’humain et intervenir en moins de 4 heures chez les clients. Et cela finit par porter ses fruits. Bon an mal an, il gagne petit à petit des contrats.

Aujourd’hui, son entreprise compte 45 salariés qui s’occupent de 5.000 clients. La PME réalise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, en croissance de 25% sur l’année 2016.

Un an et demi pour monter un LBO

Cette offre mirobolante l'a fait tout de même réfléchir à l’avenir de son entreprise. À 56 ans, Eric Bélile commence à penser à sa retraite. Et il a désormais une certitude : il tient à céder l’entreprise à ses salariés. « Il y avait une seule solution, c’était le LBO (Leverage Buy-Out).»

Il propose un montage juridico-financier à cinq de ses cadres dirigeants. Il veut qu’ils s’investissent au capital. « Ils étaient stupéfaits que je leur propose », assure-t-il. Il a mis plus d’un an et demi à monter l’opération. Malgré un résultat net à plus de 15%, aucune banque ne veut prendre le risque. «Avec un LBO, la dette se paie sur les résultats de l’entreprise, précise Eric Bélile pour expliquer la frilosité des banquiers. Ils m’ont demandé d’ajouter 1,7 millions de crédit, il y avait beaucoup de paperasse à remplir, cela a été très long. Mais c’était la seule solution. » Il finit par monter un partenariat avec un consortium de quatre banques. « Un souhait de ma part pour limiter les risques », précise le dirigeant.

En 2017, s'étendre encore plus

Le capital de cette holding s’élève à 500 000 euros. Les cinq cadres dirigeants ont apporté 240 000 euros. « Certains ont pris 10% du capital, d’autres moins », détaille le P-dg. Lui s’est engagé à ne pas toucher de dividendes avant 7 ans. « C’est le temps que je vais prendre pour doucement faire la transition avec la nouvelle équipe dirigeante », justifie Eric Bélile. En 2017, il compte encore un peu plus s’étendre dans l‘Ouest. La Générale de la bureautique compte trois agences en Bretagne et Pays de la Loire.

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