À Angers, la fabrique d’ascenseurs ThyssenKrupp périclite depuis de nombreuses années déjà. Après avoir fait partie des principaux employeurs de l’agglomération, son avenir pose aujourd’hui question. Le 5 septembre, la direction de l'entreprise allemande a annoncé 95 suppressions de postes en France : 63 dans l’agglomération d'Angers - précisément sur le site de Saint-Barthélemy d’Anjou qui compte 173 salariés - et 32 dans d'autres agences dans l'Hexagone (sites de maintenance, rénovation…). « En 2012, le site d'Angers employait encore 550 CDI, plus un volant d’intérimaires de plus 100 personnes », se rappelle Pascal Bouet, secrétaire syndical CGT dans l’entreprise. Dans un passé récent, on y fabriquait certes pas d’ascenseurs complets, « mais encore des éléments importants comme des cabines et des portes, jusqu’en 2007 ».
Suite au plan social de 2014-2015, la production s’est vue réduite à la portion congrue : « On ne fait plus que les plaques à boutons, des composants électriques, de la tôlerie pour le service après-vente…», liste Pascal Bouet. Outre l’atelier, le site angevin intervient aussi sur la gestion des commandes passées dans tout l’Hexagone, et le service après-vente au sens large. Il abrite enfin une partie du siège administratif national, en commun avec le site de Puteaux (Île-de-France).
« Perte de parts de marchés »
Pour justifier les coupes, la direction de ThyssenKrupp Ascenseurs (2.275 salariés en France) invoque à la fois « une baisse en valeur des contrats de maintenance » et « une baisse des commandes sur les travaux de modernisation » notamment liée au moratoire d'un volet de la loi Duflot sur les mises aux normes des ascenseurs. Elle invoque également « une importante perte de parts de marchés sur les nouvelles installations » ainsi qu’une « pression sur les prix ».
60% de chiffre d’affaires en moins
D’après l’entreprise, le centre de service client d’Angers a vu son chiffre d’affaire chuter de plus de 60% depuis 2012, pour atteindre 43,4 millions d’euros sur son dernier exercice. Les volumes de ventes de ThyssenKrupp Ascenseurs (appareils neufs, modernisation, maintenance), hors site d’Angers, affichent quant à elles un recul de 27% depuis 2012 (340 millions d’euros aujourd’hui).
« Production déplacée en Allemagne, en Espagne ou sous-traitée »
Pour plusieurs représentants syndicaux, ce résultat découle de l’arrêt « quasi-total » de la fabrication d’ascenseurs en Anjou, fabrication déplacée « en Allemagne, en Espagne ou sous-traitée ». « Les produits français répondaient très bien au marché hexagonal. Notamment en termes de coût, sachant que la production allemande est plus chère. Via une réaction en chaîne, moins de ventes réduit l’activité de montage, les opérations de maintenance, etc. », explique Ludovic Lemaire, technicien SAV et délégué syndical central étiqueté CGT. « On avait des appareils moyenne gamme qui passaient bien. Aujourd’hui, ils ne figurent plus au catalogue, remplacés par des modèles bas de gamme espagnols ou plus haut de gamme fait en Allemagne », analyse de son côté Pascal Bouet, du haut de ses 33 ans d’expérience dans l’entreprise. On attend aussi de nouvelles gammes en provenance d’outre-Rhin, pas encore prêtes aujourd’hui, cela nous handicape pour la vente ».
Quid de la pérennité du site angevin ? Selon un communiqué de la direction, l’entreprise envisagerait de le recentrer sur « les appareils spéciaux » ou encore de renforcer son rôle de centre administratif national. En attendant, la consultation des instances représentatives du personnel doit se poursuivre jusqu’au 15 décembre. « Les premiers licenciements devraient intervenir en mars 2018 », indiquent les salariés.