De quelle vie doit-on parler? De celle du judoka d'Alicante? Du Français découvrant son pays à 21 ans? Du Niçois qu'il est depuis devenu? Ou bien de celle de l'autodidacte qui veut révolutionner le métier de la sécurité? De l'heureux directeur des opérations du parc Zigofolies? Du responsable de centres d'appels dont l'ambition est de «niveler le secteur vers le haut»? Toutes ces vies tiennent en un seul homme. Une des raisons pour lesquelles, suppose-t-on, Philippe de Gibon en impose tant. Au propre comme au figuré. Ces histoires, comme autant d'héritages, ont nourri l'entrepreneur d'aujourd'hui et, par ricochets, son entreprise. Convers: centre d'appels né le 3juillet 1998 dans un petit local sombre du centre de Nice. Onze ans plus tard, la PME enregistre un CA de 4,5M€ et compte 150 CDI. Spécialisée dans les opérations et campagnes de télémarketing à valeur ajoutée, elle s'appuie sur une politique RH régulièrement citée en exemple qui déploie tous les principes de la RSE.
Du judo à Zigofolies
Né à Oran en 1955, Philippe de Gibon débarque en France à l'âge de 21 ans. De son enfance algérienne, rien... si ce n'est un départ forcé en 1962, au moment de l'Indépendance. La famille de Gibon choisit l'Espagne comme point de chute, où le jeune Philippe se passionne pour le judo. Il aurait pu être le roi des tatamis. «Je battais régulièrement le champion national lors de compétitions non-officielles» se souvient-il. La vie en a voulu autrement, le Français ne possédait pas la bonne carte d'identité. Arrivé sur le territoire niçois en 1975, l'homme ne dispose alors que d'une seule richesse: «Une énorme confiance en soi», qu'il mettra d'abord au profit de la SGS, PME marseillaise de gardiennage. Nous sommes en 1982. Le métier n'est pas structuré et les salariés payés à l'équivalence. Le jeune audacieux entend «professionnaliser le métier et le sortir de l'ornière». Son argumentaire fait mouche. On lui donne sa chance. «Cinq mois plus tard, je devenais directeur de l'agence des Alpes-Maritimes.» En 5 ans, Philippe de Gibon multiplie par 3 le CA, divise d'autant le turnover, et soigne le casting. Il recherche «des profils qui ne seraient jamais venus dans ce métier, mais qui se sont trouvés sur la touche à un moment donné». Des vies dont on pourrait faire des histoires. Comme celle de ce ressortissant belge qui avait vendu son entreprise pour venir s'installer sur la Côte d'Azur et se lancer dans la restauration. Mauvaise pioche. Ruiné, l'homme intègre la SGS et deviendra, 2 ans plus tard, directeur d'une des filiales de l'entreprise dont il assurait la sécurité. Des exemples de ce type, Philippe de Gibon les collectionne. Chacun à leur manière, «ils nivelleront l'entreprise et le métier de la sécurité vers le haut». L'entrepreneur en tirera les fondations d'une stratégie qu'il mettra en place 20 ans plus tard au sein de Convers. Entre-temps, d'autres vies composeront son histoire, dont celle qu'il inaugure en 1987, en tant que directeur des opérations du parc d'attraction Zigofolies. Des années ?passion? durant lesquelles l'homme dirige une dizaine de services, de la maintenance à l'animation, soit 80 permanents et 450 saisonniers. Mais les résultats ne décollent pas. Racheté, le parc d'attraction doit disparaître pour laisser place à un autre type de parc, dédié celui-là aux activités logistiques.
Label métier
D'un monde à l'autre, d'une vie à l'autre, Philippe de Gibon continue de faire le grand écart. En 1994, il fait ses premiers pas dans le secteur du télémarketing et, lorsqu'en 1998 le plateau niçois qu'il manage ferme ses portes, il voit là un coup à jouer. L'univers des centres d'appels, critiqué et peu considéré, lui rappelle celui de la sécurité qu'il entendait jeune homme révolutionner. Cette fois-ci, il s'y attellera, mais à son compte. Business model en poche, il convainc sans difficulté ceux qui vont devenir ses prochains associés (Éric Giot, Anne Cagnard et Ludovic Genay), persuade l'homme d'affaires Gérard Cohen d'y investir 6M de francs. Ensemble, ils fondent Convers, qui deviendra l'entreprise que l'on sait... et qui vient d'obtenir, cerise sur le gâteau, le label de Responsabilité Sociétale décerné par les différentes composantes du métier. La PME s'inscrit ainsi parmi les 25 entreprises labellisées sur un total de 3.500 centres français.
L'histoire du directeur général de Convers Télémarketing est faite de nombreux grands écarts. D'une vie à l'autre, Philippe de Gibon tire les fondations d'une stratégie qu'il mettra en application au sein du centre d'appels niçois, salué pour sa politique RH.
Gaëlle Cloarec