Pharmashopi : La liberté de vendre en ligne
# Commerce

Pharmashopi : La liberté de vendre en ligne

E-commerce. Une pharmacienne iséroise, qui cherchait à développer son commerce en ligne, ne s'attendait pas à rencontrer autant d'obstacles.

Avec une officine contrainte par l'espace, sans possibilité d'agrandissement, une population locale de 6.700 habitants qui stagne et deux concurrents sur la même commune (dont elle préfère taire le nom pour ne pas être accusée de publicité !), dans l'agglomération grenobloise, Laurence Silvestre cherchait comment développer son commerce. « Ma pharmacie affiche un chiffre d'affaires d'un million d'euros et peu de possibilités d'évolution. Quand on m'a proposé un site vitrine sur internet, je me suis dit, pourquoi ne pas créer un site marchand. » Et la voilà partie pour une nouvelle aventure entrepreneuriale dont elle ne soupçonnait pas les embûches.




Gendarmerie et tribunal

Elle crée deux sites mi-2010. L'un, espace-contension.com, vend des produits de contention, à destination médicale ou sportive. Le second, Pharmashopi.com, vend, à sa création, des produits paramédicaux. « La vente de médicaments en ligne était interdite en France, rappelle la pharmacienne. Mais elle était autorisée en Europe, je commercialisais donc légalement des médicaments hors de nos frontières. » La loi française évolue, notamment sous la pression européenne, et autorise au 1er janvier 2013 la vente en ligne de certains médicaments, sous accord de l'Agence régionale de santé (ARS). « Mais l'ARS traîne à me délivrer une autorisation et l'Ordre régional des pharmaciens me somme par courrier de retirer de mon site les produits vignetés, c'est-à-dire soumis à remboursement. La loi m'autorisant à les vendre, je n'obtempère pas ! » L'ARS finit par lui accorder son autorisation fin mai 2013, mais l'accuse de publicité en ligne car elle affiche les notices des produits, et dépose une plainte auprès de l'Ordre et une autre auprès du Procureur. « Je n'ai pas de nouvelles de l'Ordre, souligne la pharmacienne. Par contre j'ai été convoquée à la gendarmerie, prise en photo, fichée et interrogée comme une criminelle. Ça a pris une ampleur non justifiée. Et je suis passée au tribunal en février dernier. » Le Procureur a demandé la relaxe de la pharmacienne. Le jugement sera rendu fin mars. Entre-temps, le président de l'ARS a été démis. Et la pharmacienne s'appuie sur une publication du gouvernement de juin 2012 qui incite dans ses bonnes pratiques à publier les photos et les notices des médicaments vendus en ligne...




Projets de développement

« Mes sites de vente en ligne ont permis la création de trois postes, affirme Laurence Silvestre : une animatrice et deux préparatrices diplômées. C'est un autre métier que la vente en officine, mais je vérifie moi-même toutes les commandes et les annote si besoin pour le client, par exemple pour signaler des interactions médicamenteuses. » Elle affiche un résultat net global de l'officine et des sites de 49.000 € en 2013. « Les sites réalisent 650.000 € de chiffre d'affaires et les ventes ont explosé de 300 % depuis la mise en ligne des médicaments, je prévois 3 M€ de chiffre d'affaires global en 2014. » La pharmacienne prévoit de prendre un entrepôt de stockage, d'élargir sa gamme de produits et de mettre en ligne un blog de conseils en parapharmacie et cosmétique, avec une partie pédagogique sur la légalité des ventes pharmaceutiques en France... « La pharmacie est une profession de dinosaures qui vit sur la gloire du monopole des années 80 avec des marges conséquentes, regrette Laurence Silvestre. Mais le règne tombe avec les parapharmacies et les ventes en ligne. »

gatPharm



Dir. : Laurence Silvestre 6 personnes CA 2013 : 1,5 M€ 04 76 77 23 08 www.pharmashopi.com

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