L
aurent Gaussin, vous êtes l'un des co-fondateurs de PA.Cotte. Qui est cette jeune société industrielle nantaise qui travaille sur un mystérieux produit high-tech de luxe et dont la maison mère est basée en Suisse ?
« Nous avons créé en octobre 2014 PA.Cotte SA, une entreprise au capital d'un million de francs suisses (912.000 euros) dont le siège social est situé près de Lausanne et dont la filiale à 100 % PA.Cotte et les effectifs sont basés à Nantes. Nous avons opté pour un siège social en Suisse uniquement pour des raisons marketing. Notre marché, c'est l'industrie du luxe. En France, l'idée que l'on se fait du luxe, c'est le prêt à porter, la maroquinerie ou le parfum. Le « Suisse made » renvoie au côté technolo de l'horlogerie. Même si nous ne faisons pas de montres, nous voulons nous appuyer sur l'image de précision suisse. Notre objectif est d'introduire la très haute technologie dans l'industrie du luxe.
Qui est à l'origine de PA.Cotte ?
« Il y a trois fondateurs principaux : Jean-François Chevalier qui a dirigé sa propre agence de design à Paris ? (NDLR, Revert & Chevalier). Moi-même, de profil technique. Ingénieur électronicien, j'ai monté à la sortie de l'école ma première société spécialisée en électronique médicale. J'ai ensuite évolué près de dix ans chez PSA, où j'ai eu la responsabilité de l'électronique des premiers moteurs diesels à injection directe. J'ai aussi été récemment été responsable R & D du groupe vendéen Atlantic. Quant au troisième associé, il préfère rester discret...
Il se murmure que c'est un entrepreneur chevronné...
« C'est un entrepreneur français qui a participé à la création d'une centaine d'entreprises. Il en a créé lui-même une vingtaine dans le monde dont certaines sont cotées au Nasdaq. C'est quelqu'un de très discret et qui ne souhaite pas être mis en avant.
Comment se compose le capital ?
« 20 % du capital appartient à des personnes physiques, principalement aux trois fondateurs. Le reste est détenu par une holding financière privée qui appartient à notre actionnaire le plus discret.
Il n'y a pas que l'actionnariat qui est mystérieux. Vous êtes aussi très secret sur le produit que vous êtes en train de mettre au point...
« Notre produit restera secret jusqu'à son lancement. PA.Cotte, on veut que cela soit une marque de luxe technologique. On veut associer le design, le très haut de gamme et la très haute technologie. Pour notre premier produit, on part d'un design et on cache toute la technologie derrière une peau en titane : du son, de l'image, de la mécanique, de l'électronique, de la mécatronique, du cloud... Ce produit, aujourd'hui, n'existe pas sur le marché. C'est un peu comme Apple avant la sortie de l'iPhone. C'est un téléphone, mais aussi une connexion à internet, etc.
Et cela se vendra au prix d'un iPhone ?
« Ce sera beaucoup, beaucoup plus cher ! Il faudra compter plusieurs centaines de milliers d'euros.
Quelle taille fera t-il ? Il tiendra dans la main ?
« Je peux juste vous dire que c'est un produit transportable...
Comment comptez-vous le vendre ?
« On va passer par des ambassadeurs. Pour acheter, ce produit, comme pour certaines grandes montres ou certaines voitures de luxes, être riche ne suffira pas. Si vous n'êtes pas recommandé, vous ne pourrez pas l'acheter.
Où en êtes-vous dans la mise au point de ce produit ?
« On est encore en phase de R & D. On a déjà déposé une petite dizaine de brevets. On a encore beaucoup de challenges à relever au niveau R & D. On compte lancer notre premier produit au deuxième semestre 2017. D'autres suivront, notre feuille de route en compte une dizaine.
Comment maintenez-vous le secret ?
« On a des contrats de confidentialité avec tous nos fournisseurs et avec les salariés. Chez nous, les personnes signent leur contrat de travail sans savoir sur quel produit ils vont travailler. Après, une fois qu'ils sont dans l'entreprise, ils le savent. Mais une clause interdit aux salariés de parler de leur travail, y compris à leur conjoint. Même ma femme ne sait pas ce que je fais !
Pour mettre sur le marché ce mystérieux produit, de quels moyens financiers disposez-vous ?
« On prévoit d'injecter quinze millions d'euros d'ici à la fin 2017. On a pour l'instant investi 7 millions d'euros. On vient de se doter de 1.200 m² de locaux à Sainte-Luce-sur-Loire, car on recrute beaucoup. Nous sommes aujourd'hui 27, dont six designers, huit ingénieurs en mécanique et huit électroniciens. On prévoit d'être 40 à la fin de l'année, 75 en 2017. Puis plusieurs centaines après 2020. On s'appuie aussi sur des partenaires, comme l'institut Fraunhofer, organisme de recherche qui équivaut au CNRS en Allemagne et qui a inventé le MP3.
Vous parlez de plusieurs centaines de recrutements ?
« Oui. On aura besoin de beaucoup de temps pour fabriquer un produit. On prévoit un procédé de production extrêmement onéreux et qui prend beaucoup de place. On compte ainsi se doter de plusieurs dizaines de machines d'usinage cinq axes. Le financement de la partie production, ce sera un billet de 100 ou de 150 millions d'euros. Et pour cela, nous ne voulons dépendre que de nos fonds privés.
Et vous comptez faire cela dans la région nantaise ?
« Pour ce qui est de la production, on n'a pas encore tranché. Le site de Nantes réalise aujourd'hui la R & D et le prototypage. Mais nous comptons encore nous développer ici. Outre les 5.000 m² sur lesquels nous sommes actuellement installés, nous avons réservé le terrain voisin et émis une option sur un troisième terrain d'un hectare. Nous avons une grosse ambition. Maintenant, on ne sait pas si tout cela va réussir. Mais on fait tout pour !
Pourquoi avoir choisi de vous installer à Nantes ?
« Je vivais dans la région depuis cinq ans et j'y ai mes réseaux. On s'est vite rendu compte qu'il y avait beaucoup de compétences localement. Donc on a décidé de rester ici.
Pourtant la fiscalité n'est pas la même qu'en Suisse...
« C'est vrai qu'en termes de coût, en France, on est un peu plombé par les charges sociales. Mais il y a aussi de bons dispositifs d'aides pour les entreprises qui investissent dans la R & D. Et le salaire moyen est beaucoup plus élevé en Suisse. Là-bas, un ingénieur est payé en moyenne 4.500 euros nets par mois. En France, on est aux alentours de 2.300 euros. ».
Propos recueillis par Stéphane Vandangeon
PA.Cotte
(Nantes) Président : Laurent Gaussin 27 salariés 02 40 52 53 00